Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. - Antoine Albalat

dimanche 12 février 2017

Le syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas


Ordinateur et cahier

     Introduction : Pour être écrivain, il faut écrire.


Pour être écrivain, il faut écrire. Cette affirmation peut faire sourire, tant elle est évidente. Se dire écrivain ne suffit pas à faire de nous des auteur.e.s. Pourtant, ces derniers temps, j'ai l'impression d'avoir oublié la base de l'écriture et de l'occupation essentielle de l'écrivain : la rédaction. Certes, je multiplie les projets et les idées ; je dis à qui veut l'entendre que ma passion est l'écriture ; mais le fait est que j'écris de moins en moins. Je me complais dans mes projets de roman, dans l'idée que je me fais des romans que je vais écrire... mais je n'écris plus (ou très peu). Je souffre du syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas. Par extension, je souffre du syndrome de l'imposteur : je souffre à l'idée que je ne suis qu'un imposteur parmi les vrais écrivains ; que je n'ai pas ma place parmi ceux et celles qui écrivent vraiment. Pire, l'idée que ma passion soit une imposture me donne des frissons : si je n'arrive plus à aligner trois lignes, peut-on vraiment dire que j'aime écrire, au fond ?


     Comprendre les raisons du blocage


Lorsqu'on a réalisé qu'on souffrait du syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas, il faut essayer de comprendre pour quelle.s raison.s on n'écrit plus. Certaines personnes manquent de confiance en elles, en leurs plumes, et se perdent dans les méandres de l'insatisfaction chronique. Certains posent la plume parce qu'ils estiment que leurs écrits ne sont pas originaux, pas intéressants, pas satisfaisants. D'autres passent leur temps à corriger, encore et encore, ce qu'ils ont déjà rédigé (quelques chapitres tout au plus – une attitude que j'ai déjà eue par le passé) À ne pas confondre avec un vrai travail de correction, activité incontournable pour tout écrivain après la rédaction du premier jet. Dans certains cas, c'est la vie personnelle qui se montre incompatible avec l'écriture : déprime, manque de temps, priorités se situant ailleurs, etc. Enfin, pour certaines personnes, l'écriture sera toujours une abstraction, une activité vers laquelle ils tendent : une activité qu'ils intellectualisent mais qu'ils ne concrétisent jamais.


     Apprendre à écouter sa Muse


Une autre raison possible de ce syndrome : ne pas s'écouter en tant qu'écrivain. Et plus globalement, ne pas s'écouter en tant qu'individu. C'est en lisant l'article « Écoute toi quand t'écris !! » de Dominique Lémuri que m'est venue cette idée. Puis, c'est en repensant à l'article de la Nife en l'Air, « Le rythme de la vie », et en commençant à lire « L'art de se gâcher la vie » de Marie Andersen, que j'ai compris que je ne m'écoutais pas en tant qu'individu. Et que je ne m'écoutais donc pas non plus en tant qu'écrivain. En effet, j'ai une approche très intellectuelle des choses, très rationnelle. J'intellectualise beaucoup de choses, plutôt que de les ressentir. Ce qui est paradoxal (ou pas) quand on sait que j'ai des problème d'hyper-émotivité et d'hyper-sensibilité ; que mes émotions sont toujours brutes de décoffrage. L'intellectualisation et la rationalisation sont peut-être une contrepartie à ce côté très « à fleur de peau »... Toujours est-il que j'avais décidé, après ma thèse, de me lancer dans la rédaction d'un roman one-shot, Sous les écailles du dragon, pour tout un tas de raisons. À la mi-janvier, un gros mois après ma soutenance de thèse, j'ai donc décidé d'ouvrir un challenge sur le forum Cocyclics pour commencer officiellement mon projet. Sauf que...

Trois semaines plus tard, je me rends compte que je ne suis pas du tout en phase avec mon projet. Même si je tiens à écrire cette histoire, je dois reconnaître que je ne suis pas inspirée. Muse boude et je n'ai aucune envie d'écrire, comme si j'en avais perdu le goût. Les premiers temps, je me cherche quelques excuses. Je me dis qu'il faut laisser au projet le temps de mûrir. Demain sera un autre jour, je suis sûre que l'inspiration n'est pas loin. Dans son livre, Marie Andersen nous met en garde : ne pas confondre persévérance et obstination. Si la première est une vertu, la seconde nous fait passer à côté des choses. Par ailleurs, à trop attendre un demain plus joyeux, on finit par se complaire dans l'inaction, la passivité, l'attente. À la lecture de son livre, j'ai une sorte de déclic qui m'ouvre les yeux : je n'ai pas envie d'écrire Sous les écailles du dragon pour le moment. J'accepte enfin de reconnaître que mes désirs ne sont pas compatibles avec les plans que j'avais formulés.   

Je décide donc de mettre en application ce que j'ai lu : je ne vais pas m'acharner sur ce projet, en attendant obstinément que les choses changent d'elles-même. En attendant d'avoir envie. En culpabilisant de ne pas avoir envie. J'ai tellement intellectualisé ce moment et ce projet, cette fin de thèse qui me permettrait de commencer un nouveau roman... que j'ai oublié d'écouter mes tripes et mon cœur. Trois semaines après l'ouverture de mon challenge sur Cocyclics, je demande donc à le suspendre. J'y reviendrai quand l'inspiration sera revenue.

Stylo et boule de papier

     Ne pas avoir peur d'expérimenter


Alors que je désespérais de ne plus avoir envie d'écrire, alors que je culpabilisais de ne pas profiter du temps que j'ai enfin pour l'écriture, alors que je pensais être partie pour plusieurs semaines de non-écriture... devinez qui décide de n'en faire qu'à sa tête ? Muse, évidemment. Il est amusant de constater à quel point, du jour au lendemain, mon état d'esprit s'est renversé. Avant-hier, je demandais la suspension de mon challenge. Aujourd'hui, Muse est en train de composer mon prochain projet.... et me donne à nouveau envie de m'y mettre. C'est comme si, en officialisant l'arrêt de Sous les écailles du dragon, en acceptant de renoncer temporairement à ce projet qui ne m'inspire pas, j'avais fait sauter les verrous de mon inspiration. Muselée, ligotée à un projet dont elle ne voulait rien entendre, mon inspiration s'était éteinte et mon goût de l'écriture s'était évanoui. Libérée de ses entraves, Muse se plaît à imaginer tout un univers de possible...

Mais, en définitive, on en revient au même point : une nébuleuse de projets plane au-dessus de ma tête. Que dois-je en faire ? Je me dis que je ne devrais pas m'engouffrer dans un nouveau projet si rapidement, ce n'est pas raisonnable... mais, pourquoi pas, en fait ? Qu'est-ce qui me retient ? Qu'est-ce qui m'en empêche ? Un sentiment de culpabilité (ou de faiblesse) de ne pas réussir à garder le contrôle ? de ne pas réussir à tenir mes plans ? de ne pas réussir à me consacrer au projet que je voulais mener en ce moment ? Pourquoi intellectualiser, rationaliser, brider mes désirs plutôt que de suivre mon instinct et mes envies ? La peur de me lancer dans un nouveau projet, mais comme pour les autres, de me rendre compte au bout de quelques semaines que je ne terminerai pas ? Je conclurais donc cette article par une citation de Marie Andersen :
« La peur de l'échec empêche la découverte et anesthésie la puissance. Cette crainte est souvent alimentée par l'impression que si on commence, on devra aller jusqu'au bout (...) Mais toutes les situations ne nécessitent pas cette sévérité, bien au contraire. On peut ébaucher, expérimenter, constater que ce n'est pas fait pour nous et interrompre, sans que cela ne fasse un drame. » 
C'est simple : je réfléchis beaucoup trop ! L'important, c'est de se faire plaisir, d'identifier ses réelles envies, de laisser son inspiration et ses envies s'exprimer ; ne pas hésiter à prendre son temps, laisser du temps au temps ; et s'accorder le droit de tâtonner, d'expérimenter.... On ne peut pas courir avant d'avoir appris à marcher.