Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. - Antoine Albalat

mardi 22 septembre 2015

Les carnets, mon pêché mignon


S'il y a bien une chose pour laquelle je ne sais pas être raisonnable, ce sont les carnets (et la papeterie en général). C'est bien simple, je ne peux pas résister quand j'en vois dans les magasins. Heureusement (ou malheureusement) mon porte-monnaie sait comment me faire comprendre quand j'abuse... C'est un rabat-joie, mon porte-monnaie. 


Voici ma dernière acquisition en date ! J'ai dû passer plus d'une demi heure dans le magasin, à hésiter entre deux modèles : celui-ci et un illustré avec un petit chat (j'adore les petits chats presque autant que les carnets). La vendeuse a dû se demander ce que je trafiquais à rester devant l'étal, les yeux dans le vague, incapable de savoir lequel prendre. J'ai finalement opté pour celui-ci car je trouvais qu'il s'adapterait mieux pour l'usage que je lui réserve : la compilation de mes idées pour Prophétie Nordique.   

Oui, c'est vrai, je dis ça à chaque fois que j'achète un carnet. Je vais l'utiliser pour Prophétie Nordique. C'est la bonne excuse. Et au final, la moitié sont vides ou remplis à 10% d'ébauches de récits. Et, en fin de compte, celui qui m'a le plus servi, c'est mon vieux cahier de brouillon dessin. Moche, sans fioritures, et donc garanti sans crainte d'écrire des bêtises, de raturer comme une cochonne ou d'arracher des pages... Ouais, mon fidèle compagnon, c'est le ZAP Book. Mais après plus de deux ans de loyaux services, il est presque plein... Je dois songer à son remplaçant. Et ce sera sûrement le dernier acquis. Sauf si je craque sur un autre entre temps, ahem.  


J'en ai de toutes sortes, je vous dis !
Des petits, des grands, des à carreaux ou à pages blanches.
Des reliés ou à spirales. Des rigolos, des floraux, des scrapbookés par mes petites mains.
Des carnets en cuir. Des bas et haut de gamme.
Des vides, des à moitié vides, et des bien remplis :)

vendredi 18 septembre 2015

Écrire : toute une histoire...


 

Écrire un roman, ce n'est pas simple. Cela demande du temps, mais aussi une certaine disponibilité d'esprit. Il suffit que quelques soucis s'accumulent ou que quelques occupations vous éloignent trop longtemps de votre petit chef d’œuvre en construction... et c'est le drame de la page blanche. Même quand notre imagination fourmille d'idées, c'est parfois difficile de mettre des mots dessus.

Certains préconisent d'écrire tous les jours, en se forçant s'il le faut. Même si ce n'est que quelques mots, quelques lignes... pour ne pas perdre la main et s'astreindre à un rythme. Personnellement, j'en suis incapable. Je préfère écrire plus longtemps, mais moins régulièrement (hmm, vous me direz, c'est peut-être pour cette raison que je traîne de projet de Prophétie Nordique depuis si longtemps...). Néanmoins, quand on a un planning chargé, il faut bien se bloquer certains moments si on veut pouvoir s'adonner à sa passion. Pour moi, c'est plutôt le weekend.

Ceux qui suivent Facebook le savent déjà, mais j'ai franchi la barre des 200.000 signes ! Et j'ai terminé le onzième chapitre ! Hourra ! Je suis fière de mes avancées. Petit à petit, pas à pas, l'ensemble prend forme. Toutefois, je suis en pleine phase de cogitation pour la suite. 

Je m'étais fixé comme principe de toujours écrire chronologiquement. Un chapitre après l'autre. Comme je ne fixe que les grandes lignes de mon histoire, il y a un certain degré d'improvisation quand j'écris. Improvisation qui peut avoir quelques conséquences pour la suite (Morzan me lance un regard noir, il n'est pas très satisfait de mes dernières improvisations *rires*) ; et donc, la cohérence, c'est important ! Et puis, si on passe un chapitre ou une scène à cause du manque de motivation, on risque de ne pas être plus motivé quand il faudra y revenir. Oui, mais d'un autre côté, doit-on se laisser miner par un chapitre qu'on arrive vraiment pas écrire, perdre du temps face à cette page qui reste blanche... alors qu'on est énormément inspiré par le chapitre suivant ? 

Pour l'instant, j'ai décidé de rester raisonnable et de continuer l'écriture avec le chapitre 12. Mais je sens bien que je n'arrive pas à grand chose. Peut-être dérogerai-je à mes principes pour repartir d'un bon pied. Nous verrons bien !     


 Image : source inconnue

mercredi 9 septembre 2015

Khanaor de Francis Berthelot


Khanaor  Berthelot

Cinq fleurs : Je suis conquise (Coup de Coeur)


Titre : Khanaor
Auteur : Francis Berthelot
Genre : Fantasy
Année de parution : 1983
Nombre de pages : 480 pages (Folio SF)

Quatrième de Couverture : An 584. Khanaor est une île lointaine de l'Atlantique que l'on chercherait en vain sur une carte. Des antagonismes profonds divisent les quatre États qui la composent, et l'alliance de deux d'entre eux, la Goldèbe et l'Aquimeur, vient rompre le statu quo ancestral. Entre la fureur humaine et celle des éléments ensorcelés, une poignée d'errants cherche sa voie : Sigrid, la petite magicienne proscrite ; Kurt, le charmeur de plantes qui aime les hommes; l'Anserf, l'esprit désincarné de l'île... Tous auront une influence sur l'avenir de Khanaor, et tenteront de la sauver du chaos. 

Roman de fantasy réussissant l'exploit d'être à la fois classique et atypique, Khanaor, paru pour la première fois en 1983, est la seule incursion de Francis Berthelot dans ce genre. L'auteur faisait alors œuvre de précurseur avec ce texte qui n'a rien perdu de sa puissance et de son originalité.

Mon avis sur Khanaor  : En refermant ce livre, j'ai poussé un long soupir. Quel dommage que Khanaor soit l'unique ouvrage de fantasy de Francis Berthelot ! Ce roman m'a littéralement envoutée. Je ne pourrais pas mieux résumer mon ressenti au terme de ma lecture que la quatrième de couverture : Khanaor est un « roman de fantasy réussissant l'exploit d'être à la fois classique et atypique. » Classique d'abord, puisqu'il réunit les ingrédients attendus du genre : des contrées inconnues, de puissantes forces magiques, des héros livrés à eux-mêmes dans un parcours initiatique, des royaumes qui se déchirent au gré des tensions politiques... Mais Khanaor fait preuve d'une audacieuse originalité, à une époque où la littérature anglo-saxonne domine largement le genre (on est au début des années 1980... ce qui m'interpelle à chaque fois que je me le remémore car j'ai vite fait de l'oublier, tant l'histoire et l'écriture de Berthelot semblent ne pas avoir vieilli) 

L'auteur français se démarque par l'originalité de son univers, une île perdue au beau milieu de l'Atlantique et peuplée d'une faune et flore locales très riches, mais aussi de sorciers, magiciens, prêtresses ou encore druides, qui pourtant ne sont qu'une poignée parmi les habitants ordinaires de l'archipel. Le parcours initiatique des héros est une quête intérieure et identitaire, où chacun doit prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses, pour renouer avec les puissances de Khanaor. Nous sommes loin des héros manichéens, aux intentions blanches ou noires. Tout au contraire, tous les personnages (ou presque) se parent de nuances de gris au fur et à mesure que l'histoire se déroule. Et en luttant pour se trouver eux-mêmes, ils se croiseront les uns les autres pour tisser les fils du destin de l'île. Mais ce n'est pas tout, puisque l'auteur aborde de nombreux thèmes en filigrane de son histoire, à commencer par la tolérance, l'homosexualité ou l'écologie. 

Outre sa riche histoire et son complexe univers, Francis Berthelot a su me séduire grâce à sa magnifique plume. Poétique, envoûtante, mystérieuse. Son vocabulaire riche, parfois complexe mais jamais inaccessible, est au service d'une narration maîtrisée. Mais surtout, j'ai découvert grâce à lui un type de narration hybride, à la fois omnisciente et interne, avec des retournements de points de vue saisissants. D'abord déstabilisante, sa façon de construire les pensées d'un personnage, pour finalement les éclipser par le regard de ses autres protagonistes, m'a profondément touchée et inspirée dans mon âme d'aspirante écrivain. 

En cela, Khanaor s'est érigé une place de choix parmi les œuvres qui façonnent mon inspiration et ma façon de concevoir mon propre projet d'écriture.          

lundi 7 septembre 2015

Défi écriture - Une équipe de choc (écriture en binôme)


« Vous allez pouvoir vous joindre à un autre challenger pour rédiger une histoire à 4 mains. Vos héros (ou vilains) respectifs feront alliance, pour le meilleur ou pour le pire.  » (Défi proposé par l'équipe des capes violettes de Cocyclics) 

Panthera et Edel-Weiss ont décidé de relever le défi lancé par les modérateurs challenge du forum d'écriture Cocyclics. Et d'écrire une histoire d'aventure à quatre mains, où les personnages de La mission des panthras et Prophétie Nordique vont devoir collaborer ! Attention, double dose d'héroïnes à fort tempérament en vue !

  • Résumé de La mission des panthras : Des écologistes affirment qu'il est encore temps d'agir pour sauver la planète. Ils ont tort. Il est déjà trop tard. Mère Nature en est consciente. C'est pourquoi elle a chargé des créatures, les panthras, de transférer tous les animaux, sorciers et êtres magiques qui le souhaitent dans un monde parallèle en tout point identique au nôtre, à ceci près que la vie animale ne s'y est jamais développée. Les humains sans magie ne sont pas invités à rejoindre ce nouvel eldorado.

    Andréa est une sorcière orpheline de 14 ans élevée par des Sans Pouvoirs. Alors qu'elle perd de plus en plus le contrôle de ses pouvoirs, elle rencontre trois sorciers qui vont l'aider à maîtriser sa magie : Alistère, Black et Rick.  

  • Résumé de Prophétie Nordique : Des siècles ont passé depuis la Prophétie. L'Ordre des Sept Compagnons a unifié la terre du dieu Odinn, préservé la cohésion du Gwendir et maintenu la sécurité de ses habitants. Mais l'aube d'une nouvelle ère est sur le point de se lever : Idril, Siran et Telak ne se connaissent pas. Pourtant, bien des siècles auparavant, leurs destins ont été prophétisés par les Nornes et scellés par les agissements des Dieux. Dans cette guerre pour la liberté, l’avenir des Sept Royaumes est entre leurs mains.

    Lorsque le Seigneur Nordique fait disparaître les Rois et Reines du Gwendir, Idril voit son existence paisible voler en éclats. Unique héritière de la reine amazone, elle doit monter sur le trône, reprendre les rennes du royaume et faire payer au Seigneur Nordique sa trahison. Pour mener à bien son entreprise, elle devra obtenir le soutien des autres peuples, mais tous ne sont pas prêts à se rallier à sa cause. Dans sa quête d'alliés, Idril pourra néanmoins compter sur le soutien de son ami d'enfance, devenu, lui aussi, l'un des Sept Souverains du Gwendir.  




Les rayons du soleil éblouirent la souveraine amazone au sortir de sa tente, promesse d'une chaude journée de fin d'automne. Sa main placée en visière au-dessus de son front, Idril observa les alentours boisés du bivouac avec un sourire satisfait. Les fleurs s'épanouissaient en corolles colorées, les oiseaux abreuvaient la forêt de leurs chants cristallins, les eaux de l'Olduin s'écoulaient paisiblement à moins d'une demi-lieue... Après une profonde inspiration, elle effectua le tour du campement pour relever les pièges posés la veille. La tâche terminée, elle retourna vers la tente et héla son compagnon de l'extérieur.
— Morzan, dépêche-toi !
L'Amazone posa les deux lapins qu'elle avait ramenés et, n'obtenant pas de réponse, renchérit :
— Il fait un temps radieux dehors ! On pourrait peut-être aller se baigner ?
Un sourire malicieux passa sur ses lèvres mais s'effaça presque aussitôt. Un silence inquiétant faisait écho à sa proposition. Elle écarta le rabat en toile et pénétra à l'intérieur de la tente. Vide. Elle ressortit aussitôt et scruta les environs.
— Morzan ? appela-t-elle.
Aucune réponse. Les battements de son cœur s'affolèrent dans sa poitrine. À son flanc gauche, elle sentit les pulsations de son épée dans son fourreau, puis aperçut sa mystique lueur bleutée s'échapper par la chape. Ses doigts se refermèrent sur la poignée et s'électrisèrent à son contact. Un picotement désagréable remonta le long de son dos et les images de son rêve des jours précédents lui revinrent en mémoire. Ses paupières se fermèrent.

« Morzan emmené par le rusé Loki. 
Des ombres glacées sur le chemin de givre. 
L'épée céleste offerte en rançon. » 

Idril rouvrit les yeux. Dans son regard embué dansait la flamme de la colère. D'un geste nerveux, elle dégaina sa lame, s'agenouilla sur l'herbe chaude et plaça horizontalement l'arme devant elle. Elle posa ses deux mains sur ses cuisses, ferma à nouveau les yeux et implora sa Déesse de lui venir en aide. Les runes gravées sur l'épée réagirent à la prière intérieure de l'Amazone.


Andréa planchait sur son devoir maison : les neuf plans d'existence qui composent notre monde. Installée sur une chaise de salon de jardin, elle profitait du beau temps, rare en Bretagne à cette saison. Les feuilles tombantes des arbres bruissaient sous la douce brise, les écureuils enfouissaient leurs glands pour l'hiver et les oiseaux gazouillaient. Des sons agréables à ses oreilles, bien plus que ceux poussés par sa voisine.
La jeune sorcière leva la tête de son brouillon. Sur sa gauche, Alistère feuilletait un livre sans conviction. Ces soupirs empêchaient Andréa de se concentrer sur son devoir. Elle se retint de lui jeter une boulette de papier à la figure. Ne pouvait-elle pas s'ennuyer en silence ?
Un coup de vent plus fort que les autres fit s'envoler ses feuilles. Andréa se pencha pour les ramasser. Quand elle se redressa sur sa chaise, elle remarqua que son amie était debout, dans l'expectative. La jeune fille tourna la tête en direction de ce soudain intérêt. Et bondit sur sa chaise avec un petit cri aigu de surprise.
Une créature bien connue les contemplait. Un corps de panthère noire, d'immenses ailes blanches, une queue hérissée de plumes, pas de doute il s'agissait bien d'une panthra noire. Sauf que celle-ci possédait d'étonnants yeux bleus, couleur incongrue chez cette espèce. Et la magie qui émanait d'elle était phénoménale. Andréa en ressentait des picotements tout le long de son épiderme.
Voyant qu'elle avait toute leur attention, la panthra s'exprima :
« Bonjour, je suis Freya. »
Alistère haussa un sourcil.
— Eh ben, c'est pas tous les jours qu'on reçoit la visite d'une déesse.
« Certes, mais je dois vous préciser que je ne suis pas votre Freya. »
Le deuxième sourcil d'Alistère s'arqua.
« Je viens d'un monde appelé Gwendir. Là-bas, Loki ne cesse de semer le trouble. Il a enlevé l'ami cher de ma protégée Idril pour l'échanger contre l'épée céleste qu'elle détient. Vous devez l'aider dans sa quête pour délivrer son compagnon. »
— Pourquoi nous ? demanda Andréa, réellement étonnée.
« Vous possédez le savoir et les compétences pour mener à bien cette quête. Et Loki ne s'attendra pas à la venue de deux sorcières d'un autre monde. »
Oui, c'était un bon plan. Pour avoir une chance de réussir, il fallait prendre le rusé Loki par surprise. Elle était enthousiaste, prête à vivre une nouvelle aventure.
— C'est bien beau tout ça, mais pourquoi on accepterait de risquer nos vies pour des inconnus ? s'enquit Alistère.
Andréa lui fila un coup de coude, exaspérée. Elle devança la déesse dans ses arguments :
— De un, tu es en manque d'action. De deux, je suis sûre que tu veux prouver à ce Loki que tu es plus rusé que lui. Et de trois, parce que c'est un acte altruiste d'aider cette Idril.
Alistère lui lança un regard éberlué.
— Tu me prends pour quelqu'un d'altruiste ?! s'exclama-t-elle sans nier les deux premiers arguments.
— Oui !
Alistère en fut mouchée.
« Eh bien, si vous êtes prêtes, je vous emmène. »
— Attendez, on ne peut pas partir...
Un rugissement suivi d'un flash vert, la sensation d'être dans une montagne russe et les deux sorcières se retrouvèrent ailleurs.
— ... comme ça.
Ah bah si apparemment.
Elles prirent connaissance de leur nouvel environnement. Une clairière verdoyante, une tente et devant, une belle jeune femme.
Agenouillée en position de prière, les yeux clos, ses longs cheveux blonds encadraient la finesse de ses traits. Son attitude pieuse ne trompa pas Andréa. Elle faisait face à une guerrière, une certitude attestée par la magnifique épée qui reposait entre elles. Il devait s'agir d'Idril. Tout à ses supplications muettes, elle n'avait pas remarqué leur arrivée magistrale. Alistère se fit un devoir de la prévenir.
— Salut !
La guerrière posa ses yeux verts sur les deux étrangères. Elle les examina tour à tour, d'abord surprise par leur accoutrement, puis par leur jeunesse. Jouer les nourrices n'était pas vraiment l'aide providentielle qu'elle espérait obtenir grâce à ses prières... Quel soutien pouvait-elle espérer d'une brunette effrontée qui paraissait trop sûre d'elle-même ? Et d'une rouquine timorée qui semblait bien mal assortie à sa compagne ?
— Les Dieux ont un drôle de sens de l'humour, murmura-t-elle.
Elle se redressa, rengaina sa lame et s'avança vers les deux jeunes filles.
— Est-ce Freya qui vous envoie ? s'assura-t-elle.
— En effet. Mais si l'aide d'une brunette effrontée et d'une rouquine timorée ne te plaît pas, on peut s'en aller et te laisser te débrouiller toute seule avec Loki, railla la plus âgée des deux.
Idril se crispa en comprenant que la jeune sorcière avait lu ses pensées et serra les poings sous l'effet de la frustration. La honte et la colère lui rougirent les joues. Alistère lui dédia un petit sourire narquois.
— Alistère, soupira Andréa en levant les yeux au ciel.
Elle reprit, cette fois à l'attention d'Idril :
— Excuse-la, elle n'a pas vraiment apprécié que ta déesse nous emmène sans vraiment nous demander notre avis. Mais maintenant que nous sommes là, nous ferons tout ce qui est possible pour t'aider à libérer ton compagnon.
Idril remercia Andréa d'un signe de tête reconnaissant.
— Où Loki le retient-il prisonnier ? enchaîna Alistère sans perdre un instant de plus.
— Je l'ignore, avoua-t-elle. Une vision m'est apparue en rêves, il y a quelques jours de cela. Un monde de froid et de glace, peuplé d'étranges créatures d'ombre et de givre... Est-ce que cela vous dit quelque chose ?
Andréa avait tout de suite reconnu l'endroit auquel se référait la description d'Idril. C'était justement son sujet de devoir.
— Le royaume des morts, souffla-t-elle, inquiète.
Quelques minutes plus tôt, Idril aurait rétorqué que le royaume des morts n'existait que dans les légendes. Mais depuis que deux adolescentes venues d'un autre monde étaient apparues devant elle, sa vision des choses s'élargissait. Légende ou pas, ce royaume n'inspirait pas confiance. Cette quête s'annonçait plus périlleuse que prévue.
— Évidemment, râla Alistère. Si je ne me trompe pas, la déesse de ce monde est la fille de Loki. Elle a dû permettre à son père d'emmener ton compagnon chez elle.
Andréa agréa d'un signe de tête.
— Il doit y avoir un moyen d'accéder à ce monde sans passer de vie à trépas. Un passage souterrain peut-être.
Les deux sorcières avisèrent la guerrière pour savoir si elle avait connaissance d'un tel chemin de traverse. Celle-ci croisa les bras et se frotta le menton, pour mieux réfléchir.
— J'ai entendu beaucoup de rumeurs et superstitions locales sur une grotte située au nord d'ici, à vingt minutes de marche. Les gens qui s'y seraient aventurés n'en seraient jamais revenus. Cela pourrait correspondre à la description d'un tel royaume.
— C'est sûrement un passage vers les enfers, approuva Andréa.
— Alors c'est parti, conclut Alistère. Allons libérer ton petit-ami.
Idril sourcilla, ouvrit la bouche pour répliquer, mais s'abstint au dernier moment.


Le trio nouvellement formé se dirigea vers la forêt. Suivre le nord, soit tout droit, n'était pas chose aisée. Aucune sente n'était tracée dans la vaste forêt, l'épaisse frondaison masquait la position du soleil. Elles durent plus d'une fois bifurquer à l'est ou l'ouest pour pouvoir franchir une rivière à gué ou contourner des murs végétaux infranchissables. Au final, ce fut leur nez qui les guida. Après vingt minutes de déambulation dans ce labyrinthe sylvestre, où elles en profitèrent pour échafauder un plan, elles sentirent un relent qui leur tira une grimace écœurée. Les miasmes d'un charnier planaient dans l'air. Révulsées, elles suivirent néanmoins la pestilence. Elle les mena à une partie clairsemée de la forêt, face à une caverne insondable d'où émanait l'odeur. Le sol était fait de pierre sombre, pas un brin d'herbe ne poussait autour de la grotte. Pas de doute, elles avaient trouvé ce qu'elles cherchaient.
Elles s'entre-regardèrent. Dans leurs yeux brillaient la même lueur déterminée.
Elles pénétrèrent dans la grotte. Il y faisait plus sombre qu'une nuit sans lune.
— Un peu de lumière, ce serait sympa.
— Je m'en charge, dit Andréa.
Au creux de sa paume, elle fit apparaître une boule de feu. Plus que de la lumière, elle leur apporta une chaleur bienvenue. Plus les filles s'engageaient dans les profondeurs de la grotte, plus il faisait froid. Bientôt, une brume glaciale les entoura, pesant sur leur épaule comme un lourd manteau vaporeux.
— La brume représente la frontière entre le monde des vivants et celui des morts. Dès que nous l'aurons passée, nous serons arrivées aux enfers.
Andréa avait raison. Le brouillard s'estompa, levant le voile sur ce qui les attendait.
Une immense salle caverneuse dont les murs, le sol et le plafond étaient faits de glace. Celle-ci émettait des craquements sous leurs semelles. Des torches, dont les manches étaient recouverts de givre, fixées aux murs par des appliques s'alignaient en deux lignes parallèles et offraient une lumière chiche sur les environs. La grotte était peuplée. Des ombres aux formes indéfinies se dirigeaient d'une démarche amorphe vers le fond de la caverne. Elles se laissaient guider par les torches qui agissaient telles des feux follets sur les égarés. Les âmes des morts.
Les trois vivantes se gardèrent bien de les toucher. En effleurer une était comme s'immerger dans un bassin d'eau glacée.
— Éteins ta boule de feu, ordonna Alistère, elle attire les morts. Ils vont finir par nous faire repérer.
Andréa s'exécuta. Dès lors qu'elles n'eurent plus de feu pour attirer leur attention, les ombres glacées se détournèrent pour retourner à leurs chimères enflammées. Les trois filles se gardèrent de traîner davantage auprès des âmes défuntes et atteignirent le fond de la caverne sans perdre de temps. Bouger empêcherait la température glaciale de les engourdir. Elles débouchèrent sur une cavité souterraine, creusée dans la roche et la glace, plus sombre et plus froide que celle qu'elles venaient de traverser. Les eaux noires d'un lac s'étendaient à perte de vue, nimbées par les rayons d'une lumière artificielle simulant la clarté de la lune et des étoiles. Au-dessus de leur tête, pourtant, il n'y avait que de la rocaille et des stalactites de glace.
— Il y a un pont là-bas, indiqua Idril en montrant du doigt ce qu'elle avait découvert.
Les filles rasèrent les parois de la caverne en file indienne. Épée en avant, Idril ouvrait la marche. Alistère la refermait. Elles restèrent groupées les unes aux autres, sur leurs gardes, évitant au maximum de s'approcher trop près du rivage. Qui savait quelles infâmes créatures se dissimulaient dans les eaux sombres ?

Idril s'arrêta brusquement et fit barrage avec son bras pour empêcher les deux sorcières d'avancer. D'un signe du menton, elle leur fit comprendre de regarder vers l'ouest. Un pont permettait de traverser le lac et d'atteindre un nouveau passage. Mais il y avait comme un problème... de taille.
— Qu'est-ce qu'elle est moche, lâcha Alistère.
— Une géante, souffla l'Amazone, incrédule. Je pensais que les dieux les avaient tous anéantis, au commencement des temps.
Pourtant, c'était bel et bien une géante qui se dressait entre elles et leur destination. Armée d'un gourdin primitif dont l'extrémité était munie de pointes, elle déambulait devant l'entrée d'une démarche pataude, presque grotesque. Son visage bouffi ne respirait pas l'intelligence, mais il allait quand même falloir composer avec ses énormes biceps. Idril se tourna vers les deux filles, puis adressa un sourire de connivence à Alistère :
— Si tu veux m'impressionner avec tes tours de passe-passe, la taquina-t-elle, c'est le bon moment...
L'intéressée émit un rire silencieux avant de prendre la guerrière au mot.
— On va la jouer fine sur ce coup.
Elle tendit ses deux mains à ses compagnes d'aventure. Andréa se saisit de la droite sans hésiter. Idril attrapa la gauche, moins confiante.
— Et surtout, vous ne me lâchez pas. Sinon ça va être galère pour vous retrouver.
Alistère les rendit toutes les trois invisibles. Heureusement, les deux adolescentes ne pouvaient voir la grimace dépitée de la guerrière, encore peu habituée à ce genre de sortilèges.
— On te suit Idril, plaisanta-t-elle.
Cela ne laissait guère le choix à l'intéressée qui reprit la tête du groupe, sans lâcher la main d'Alistère. Elles s'avancèrent vers le pont. Plus elles se rapprochaient, plus la géante paraissait immense. Les morts passaient à côté d'elle sans se rendre compte de sa présence. Elle-même les ignorait. De ses yeux porcins, elle scrutait l'espace devant elle, prête à asséner sa masse à la moindre anomalie, au plus petit signe suspect.
La main crispée dans celle de son amie, Andréa ne put s'empêcher de rentrer le ventre lorsqu'elles se faufilèrent entre le bord du pont et la géante. Cette dernière pivota dans leur direction, ses épais sourcils plissés par la suspicion. Les filles se figèrent, dans l'expectative. Andréa n'osa même plus respirer.
Enfin, la géante se détourna d'elles et reprit sa position initiale.
Expirant tout doucement, Andréa sentit les filles reprendre la marche. Elles veillèrent à ne pas faire de bruit et à ne frôler aucun mort.
Le pont avait l'air sans fin ; le trajet, une éternité. Mais elles en virent finalement le bout. Parvenues de l'autre côté du lac, Alistère les rendit à nouveau visible.
— Eh ben, c'était chaud, chuchota-t-elle, au cas où.
En effet, mais Andréa avait l'intuition qu'elles avaient passé le plus facile. Le vrai défi les attendait plus loin.


Tandis que les morts se dirigeaient vers les tunnels adjacents, les filles restèrent dans la caverne. Une cage de fer trônait en son centre, une masse noire y était recroquevillée dans un recoin, transi de froid.
— Morzan ! s'écria Idril, le cœur comprimé par l'angoisse.
Elle s'élança vers la cage pour libérer son compagnon, mais quelqu'un se mit en travers de sa route. Ce n'était pas Loki, ni sa fille, la déesse des morts. Il s'agissait du chien de garde. Grimaçante de colère, Idril resserra ses mains autour de la poignée de son épée. Elle était prête à en découdre pour secourir Morzan.
— Fillan ! s'exclama Andréa, incrédule.
Alistère râla.
— C'est pas vrai ! Même mort, il continue à nous pourrir l'existence.
À ces mots, Fillan la gratifia d'un sourire carnassier.
— Vous le connaissez ? interrogea Idril, sans quitter l'intrus des yeux.
L'homme, d'une vingtaine d'années, avait des allures de sauvage. Poilu, une tignasse emmêlée et des ongles rougeâtres, ses muscles saillants révélaient sa force. Mais ce qui avait surtout capté leur attention était la clé qu'il portait autour du cou, retenu par un simple lien de cuir. La clé qui leur permettrait de libérer Morzan. Il fallait coûte que coûte la récupérer.
— C'est un garou qui vient de notre monde. Il est mort il y a quelques mois.
Andréa releva alors un détail qui la chiffonnait.
— Mais s'il est là, cela veut dire que Loki est au courant de notre venue.
— En effet, ricana Fillan de sa voix gutturale. Si Freya croyait pouvoir déjouer les plans de Loki en vous envoyant sur ce monde, c'est raté. Dès votre arrivée, Loki a senti votre présence. Alors, avec l'aide sa fille, il a amené un adversaire à votre taille. Moi.
Les narines de l'Amazone frémirent de mépris, puis ce fut au tour d'Alistère de s'esclaffer.
— On t'a déjà tué une fois, on peut le refaire.
— Et comment comptez-vous vous y prendre cette fois ? les railla Fillan. Ton horrible animal de compagnie n'est pas là pour te sauver la mise et vous ne possédez aucune arme en argent sur vous.
Andréa grimaça. Fillan n'avait pas tort, ce dont il avait parfaitement conscience.
— Toute cette histoire peut se régler sans qu'aucune goutte de sang ne coule. Donnez-moi l'épée et, en échange, je vous laisse repartir avec le garçon.
— Moi, ça ne me dérange pas de faire couler ton sang, persifla Idril en brandissant son épée sous le nez de Fillan.
Alistère effectua un pas en avant, son air effronté bien visible. Fillan gronda.
— Reste où tu es toi. Je ne veux aucune entourloupe de ta part.
— Une entourloupe ? se gaussa-t-elle. Du genre de celle-ci ?
Fillan n'eut pas le temps de comprendre. À peine Alistère avait-elle tendu la main que la clé s'arracha de son lien et vola jusqu'à elle. Le hurlement de rage du loup-garou résonna lugubrement dans la caverne. La sorcière ignora ses états d'âme. Très fière de son coup, elle faisait tourner la grosse clé entre ses doigts tout en affichant un sourire des plus provocateurs. Idril, satisfaite et impressionnée, affichait une expression similaire.
C'était bien joué, pensa Andréa. Le problème était qu'elle avait bien énervé Fillan maintenant.
— Soit, grogna-t-il. La manière forte alors.
Andréa avait comme un très mauvais pressentiment.
— L'avantage d'être mort, c'est que je n'ai plus besoin de la pleine lune pour me transformer.
Idril et Alistère en perdirent leurs sourires goguenards. La première ignorait en quoi ce Fillan se transformait, mais l'expression de la deuxième suffisait à comprendre que c'était mauvais pour elles.
Fillan se plia en deux. Malgré la douleur de la métamorphose, il souriait. Ses muscles gagnèrent en masse, ses os s'allongèrent, son nez s'étira et devint un museau, des poils poussèrent et le recouvrirent entièrement. Quand la transformation s'acheva, un monstrueux loup bipède se tenait à la place de l'homme. Ses yeux noirs luisaient de malveillance. Il avait soif de sang.
Alistère fourra la clé entre les mains d'Andréa.
— Libère Morzan pendant qu'on s'occupe de Fillan.
Idril approuva d'un signe de tête, pour encourager Andréa à filer.
— Je compte sur toi, ajouta-t-elle.
Puis elle se tourna vers Alistère.
— Prête ?
L'adolescente acquiesça et prévint :
— Ne le laisse pas te mordre, sinon tu deviendras comme lui.
La monstrueuse créature s'était tournée vers Andréa en se pourléchant les babines. Les deux jeunes filles s'entendirent d'un simple regard et s'élancèrent vers leur adversaire pour faire barrage. Pas question de laisser cette bête hideuse s'approcher d'Andréa et de Morzan! La guerrière fit tournoyer son épée pour distraire leur ennemi, tandis qu'Alistère se déplaçait de quelques pas pour le prendre à revers.


Andréa se précipita sur la cage. Ses doigts engourdis par le froid eurent du mal à introduire la clé dans la serrure. Le troisième essai fut le bon. Elle ouvrit le battant à la volée.
— Morzan, viens vite !
Le jeune homme leva des yeux hagards sur elle. Andréa se figea, le souffle coupé. Qu'est-ce qu'il était craquant ! Un beau ténébreux doté de yeux couleur noisette qui lui donnaient un air réservé. Malgré son état de faiblesse, il l'observait avec curiosité. Elle rougit jusqu'aux oreilles.
— Qui êtes-vous ?
— Je... je m'appelle Andréa, je suis une... une amie d'Idril, bégaya-t-elle misérablement.
Se rendant compte de son émoi, elle s'asséna une gifle mentale. Ce n'était pas le moment d'avoir un béguin.
Elle se ressaisit et aida Morzan à sortir de la cage. Ses mains étaient gelées, ses jambes avaient du mal à le porter. Le soutenant d'un bras, elle invoqua une boule de feu.
D'abord surpris par cette manifestation de magie, Morzan se rapprocha des flammes pour profiter de leur chaleur.
— Merci.
Andréa n'osa rien répondre, de peur que sa voix la trahisse à nouveau. À la place, elle porta son attention sur le combat.


Le loup-garou fit claquer par plusieurs fois son énorme mâchoire, ses crocs ne sachant à laquelle des deux filles se vouer. Alistère veillait à rester à bonne distance du monstre, elle n'avait pas d'épée pour venir au front. Idril donna le premier assaut. Elle s'élança vers son adversaire, prête à le frapper avec sa lame, mais bondit sur le côté droit au dernier moment, esquivant au passage les coups de griffes hargneux de la bête. Profitant de la diversion et de l'ouverture offerte par son alliée, Alistère invoqua la foudre et une charge d'électricité frappa Fillan de plein fouet, le sonnant.
— Coupe-lui la tête !
Un sourire carnassier passa sur le visage d'Idril. Celle-ci s'exécuta de bonne grâce. Une grosse giclée de sang se répandit sur le sol, tandis que la tête du loup-garou volait à plusieurs mètres de son corps. Ce dernier s'effondra par terre dans un bruit sourd, inondant davantage le sol de sang. Idril essuya sa lame sur le pelage du monstre, avec un reniflement de mépris. Puis, elle s'approcha d'Alistère et lui donna un coup de poing sur l'épaule, en toute camaraderie.
— Bien jouée, Brunette Effrontée ! On fait une fine équipe toutes les deux !
Celle-ci confirma avec un franc sourire.
— C'était plus facile que la dernière fois, signala-t-elle en regardant le cadavre sans tête.
Puis, sur le ton de la plaisanterie, elle ajouta :
— À ton avis, qu'est-ce qui se passe quand un mort meurt ?
Aucune d'elles n'avait la réponse à cette question existentielle. Ça n'avait pas d'importance ceci dit. Andréa et Morzan approchaient.


Idril se précipita dans les bras de son ami, autant pour profiter de son étreinte que pour l'aider à tenir debout. Elle profita de l'instant et en oublia presque les circonstances, quand un toussotement la rappela à l'ordre.
— Pardonnez-moi d'interrompre vos charmantes retrouvailles...
La voix aigrelette résonna dans toute la caverne, avant qu'une gerbe d'étincelles n'éclate au milieu du cercle formé par les quatre compagnons et ne se transforme en brasier incandescent, dont l'intensité les obligea à reculer en se protégeant le visage. Au milieu des flammes se dessina une silhouette chafouine et malingre.
— Loki, pesta Idril.
— En personne, confirma la divinité. Livrez-moi la rançon comme convenu, sinon je garde le prisonnier.
En un claquement de doigts, dont jaillirent de nouvelles étincelles, Morzan se retrouva aux côtés du Septième Dieu.
— Au début, vous regarder déjouer mes pièges était distrayant. Mais, voyez-vous, ce petit jeu ne m'amuse plus vraiment. Donnez-moi l'épée.
— En même temps, vos pièges n'étaient pas bien compliqués à déjouer, pointa Alistère, sarcastique. Et...
Elle ne put plus rien ajouter, Loki fit le signe du silence, lui clouant le bec.
— Toi, je ne veux plus t'entendre. Tu es une gamine horripilante.
Si la situation n'était pas aussi grave, Andréa aurait éclaté de rire devant la mine déconfite de son amie. À la place, elle intervint :
— Au contraire, vous devriez être fier d'elle. Ses fourberies sont dignes des vôtres.
Le dieu de la malice ne lui accorda pas l'aumône d'un regard. Il tendait son bras, main ouverte, exigeant l'épée céleste. Idril serra les dents autant que les poings. Loki s'était joué d'elles en leur faisant croire qu'elles pourraient libérer Morzan sans en payer le tribut. On ne pouvait pas lutter contre le dieu de la rouerie... À contrecœur, elle tendit l'épée à la divinité.
— Le fourreau également. Je sais que l'épée y revient toujours.
— Ne fais pas ça, Idril, l'implora Morzan. C'est l'héritage de ton peuple !
— C'est bon, je sais ce que je fais ! grogna-t-elle en débouclant son baudrier. Maintenant, laisse-nous partir, Loki !
La divinité afficha un sourire exulté et, d'un geste négligent de la main, les expédia hors du royaume des morts.
La luminosité du jour leur blessa les yeux. Ils prirent le temps de s'acclimater avant de regarder où ils se trouvaient. Devant la grotte.
— Sympa de sa part, commenta Alistère
— Tiens, tu as retrouvé ta voix, la taquina Andréa.
— Il semblerait que Loki soit d'excellente humeur.
Les trois filles s'échangèrent un regard de connivence, puis éclatèrent de rire.
— À votre avis, combien de temps va mettre Loki avant de comprendre qu'il s'est fait rouler sur la marchandise ? ricana Alistère dès que son hilarité s'estompa quelque peu.
Un hurlement de rage sortit soudain du fond de la grotte. Il était si puissant que le sol en trembla. Des feuilles tombèrent, des oiseaux s'envolèrent et des lapins détalèrent, terrifiés par ce cri inhumain.
— Ah, je crois qu'il a compris.
— Qu'est-ce que tout cela signifie ? s'enquit Morzan.


*

— Même si nous parvenons à libérer Morzan, il faut envisager la possibilité que Loki ne nous laisse pas repartir avec lui sans l'épée en échange, raisonna Alistère tandis qu'elles se frayaient un chemin à travers la forêt. Alors, il va falloir berner Loki.
— Comment peut-on flouer le dieu de la malice ?
— J'ai une idée, révéla Alistère.
Elle s'arrêta et fouilla le sol. La sorcière dénicha rapidement ce qu'elle cherchait : un long bâton bien solide.
— Dégaine ton épée, Idril.
Alistère en visualisa chaque détail puis, avec assurance, déclama :

« Que le bâton entre mes mains
Prenne l'apparence de l'épée sainte.
Que cette illusion qui trompe nos yeux
Soit aussi efficace avec les dieux. »

Le dernier mot de la formule magique fut à peine prononcé que le bâton se métamorphosa en l'épée céleste. Une copie rigoureusement conforme à l'originale, et tout aussi tranchante.
— Alors les filles, qu'est-ce que vous en pensez ? jubila Alistère en affichant un petit sourire supérieur.
— Que tu vas devoir faire la même chose avec le fourreau.
Le sourire de la sorcière glissa sur son visage.
— Rabat-joie.

*


Le récit achevé, le groupe retourna à l'endroit où la véritable épée était cachée. Le tronc creux d'un arbre tombé il y a des décennies. Alistère s'en empara. Les autres ne virent rien entre ses mains jusqu'à ce qu'elle rende à nouveau visible l'épée rangée dans son fourreau. Elle la tendit à sa propriétaire légitime.
— Alors, c'est qui le plus rusé entre moi et Loki ? se rengorgea Alistère.
— Je sens qu'elle n'a pas fini de s'en vanter, soupira Andréa.
Elle regretta tout d'un coup que son amie ait récupéré sa voix. Elle allait être invivable pendant des jours.
— En même temps, c'est une sacrée prouesse, reconnut Idril tout sourire.
— Je suis épaté, affirma Morzan sans excès de flatterie.
Grisée par sa victoire, Alistère rajouta :
— N'empêche, bravo Idril pour avoir accompli l'exploit de décapiter un loup-garou avec un simple bâton. Une première inter-monde !
— Je tiens quand même à souligner que, sans la magie d'Alistère, je n'aurais pas pu faire grand chose !
Morzan se tourna vers Andréa et lui adressa un clin d'œil complice.
— Tu crois qu'elles vont se lancer des fleurs encore longtemps ?
— Je n'espère pas. Sinon leurs chevilles vont tellement enfler qu'elles ne pourront plus passer les portes.
Ils en rirent, s'attirant des regards indignés de la part des deux guerrières.
— Dites, vous avez fini de nous charrier ?
Le calme finit par revenir au bout de plusieurs minutes. L'ambiance bonne enfant n'avait néanmoins pas disparu, de larges sourires s'étalaient toujours sur leurs visages.
Alistère et Andréa retrouvèrent tout leur sérieux en sentant l'air s'alourdir. Le fin duvet sur leurs bras se hérissa, en réponse à la manifestation de magie.
— Que se passe-t-il ? s'enquit Idril.
— Freya s'apprête à nous renvoyer dans notre monde.
Quatre soupirs déçus retentirent à l'unisson.
— Dommage, j'aurais aimé rester encore un peu.
Alistère se dressa en voie de la raison.
— Nos amis doivent s'inquiéter de notre absence. Et puis, tu as tes études à terminer. Quant à moi, j'ai toujours un compte à régler avec l'assassin de ma famille.
— Cela nous fait un point commun, souligna Idril.
Une lueur identique passa dans leur regard. Elles échangèrent une poignée de main, unies dans leur quête de vengeance. Morzan prit alors le relai des au revoir, allégeant l'atmosphère.
— Je tiens à vous remercier, Mesdemoiselles. Sans vous, je serais encore en train de grelotter dans cette épouvantable prison.
Morzan se pencha vers sa première sauveuse, Andréa, et déposa un baiser sur sa joue. L'adolescente manqua tomber en pâmoison. Puis, le jeune homme se déplaça vers Alistère, qu'il sentait moins encline aux épanchements affectifs, et la remercia d'un simple baisemain.
— Quelle galanterie, fit Alistère sans trace de moquerie dans la voix.
Elle détourna les yeux, gênée malgré elle.
Idril croisa les bras et afficha une expression boudeuse.
— Et moi, alors ?
Morzan émit un rire mi-moqueur, mi-taquin, puis enroula un bras autour de la taille de son amie.
— Toi, tu n'as pas voyagé entre les mondes pour secourir deux parfaits inconnus, si ?
— T'y auras droit la prochaine fois, la taquina Alistère.
Idril acquiesça d'un air sérieux.
— Nous avons une dette envers vous. Si vous avez besoin d'aide, nous viendrons.
La magie se fit prégnante, entoura les adolescentes.
— Adieu.
— Au revoir, rectifia Alistère. Vous avez intérêt à nous inviter pour le mariage.
Elle s'esclaffa en voyant l'expression médusée du jeune homme. Idril, quant à elle, préféra répondre en roulant des yeux. Andréa leva les yeux au ciel.
— Il faut toujours que tu aies le dernier mot.
Idril et Morzan ne purent entendre la réponse d'Alistère. Un flash vert éblouissant emporta les deux sorcières, laissant les deux amis à leurs retrouvailles. Ils profitèrent de leur solitude pour s'étreindre à nouveau, heureux d'être enfin réunis.
— Il faudra quand même que tu m'expliques cette histoire de mariage...
Les deux amis se regardèrent droit dans les yeux et éclatèrent de rire. Morzan passa un bras autour des épaules de sa compagne et celle-ci passa un bras autour de sa taille.
— Pour nous aussi, il est temps de rentrer.
— Dommage que Freya ne nous fasse pas voyager jusqu'au campement, regretta le jeune homme.
Amusée, Idril l'entraîna vers le sentier principal pour entamer le chemin du retour. En route, elle leva les yeux au ciel en quête d'un signe de sa déesse et vit un point noir traverser le ciel. De l'endroit où elle se tenait, elle ne pouvait distinguer la magnifique panthra noire qui revenait de son voyage vers la Terre. 

mardi 1 septembre 2015

Le 1er septembre, j'ai acheté un livre de SFFFH francophone !

J'ai évoqué, dans un précédent billet, l'opération menée par le collectif l'invasion des grenouilles : acheter un livre ou un ebook de l'imaginaire, afin de promouvoir les auteurs francophones encore méconnus sur un marché dominé par les anglo-saxons. 

Et nous y sommes ! Le 1er septembre est arrivé ! 

Hier encore, je n'étais pas certaine de mon choix. Plusieurs titres me faisaient de l’œil, mais pour des raisons de porte-monnaie qui pique, je savais déjà que j'achèterai une version numérique. On entend parfois dire que les ventes dématérialisées, les ebooks ou les livres numériques font de la concurrence aux parcours traditionnels du livre papier. C'est sans doute vrai. Mais, de mon côté, avoir une liseuse m'a réconcilié avec la lecture : je lis plus souvent qu'avant et je découvre des auteurs dont je n'aurais sans doute jamais entendu parler. Et je peux participer à des opérations comme celle d'aujourd'hui.


Alors, vous voulez savoir ce que j'ai acheté ? J'ai finalement craqué pour 
La pelote d'épingles de Cécile G. Cortes (Éditions du Chat Noir)


Quatrième de Couverture : De nos jours, l’existence des marraines fées est bien connue. L’une d’entre elles, Violette, est missionnée à Paris pour réunir deux tourtereaux : un chanteur pour midinettes et une couturière sans le sou. Mais sur place, rien ne se déroule comme prévu : les prétendants ne se calculent même pas ! Pire, le jeune homme craque pour les charmes de la fée qui doit pour la première fois gérer un problème de taille, pour lequel elle est parfaitement incompétente et inexpérimentée : ses propres émotions.

La pelote d’épingle est une romance acidulée aux accents rock qui met un bon coup de pied au joyeux petit monde des fées, princes charmants et innocentes princesses.

A priori, pas vraiment le genre de livre que je lis. Mais j'ai entendu beaucoup de bonnes choses sur cette romance déjantée, et j'avoue que j'avais envie de découvrir quelque chose de nouveau et de frais pour cette opération. Une auteure francophone découverte sur CocyClics, mais encore jamais lue ; une romance saupoudrée de poussière de fée ; une histoire féérique qui semble décalée... Allez, je me laisse tenter et je vous en dirai des nouvelles d'ici quelques temps ! 



Je me suis également laissée séduire par une nouvelle de Gaëlle Dupille, La première colonie, disponible gratuitement chez L'ivre-Book. Une nouvelle de Science-Fiction, un format et un genre que je lis rarement. Encore une fois, cette opération me permet d'élargir mon horizon.

J'ai longtemps hésité avec La Dame Blanche, Tome 4 de la Saga d'Aila, de Catherine Boullery. Une valeur sûre puisque j'ai déjà lu les deux premiers tomes et que je vais bientôt me plonger dans le troisième. Ce n'est pas aujourd'hui que je ferai l'acquisition de ce tome - porte-monnaie qui pique, ouille, même si le prix est plus que raisonnable pour un ebook de 500 pages - puisque j'ai privilégié des lectures inhabituelles. Mais ce n'est que partie remise ! 


Bon voyage dans les mondes imaginaires des auteurs francophones !