Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. - Antoine Albalat

samedi 11 juillet 2015

Des mots de tête - Vis ma vie de rôliste



« Article publié dans le cadre du concours organisé par Infinite RPG »


Pour ceux qui me connaissent de longue date - ou de moins longue date, puisque je l'ai évoqué dans mon premier billet - vous savez que le Jeu de rôle occupe une place toute particulière dans mon parcours. À l'occasion du concours Vis ma vie de rôliste, je souhaite revenir sur cette passion qui m'anime depuis plus de huit années et qui est à l'origine de mon projet littéraire ; Prophétie Nordique. 

1. Le jeu de rôle textuel. 

Petit frère mésestimé du jeu de rôle sur table, le jeu de rôle textuel consiste à interpréter un personnage évoluant dans un monde fictif, par le biais de l'écriture. Le principe est simple : incarner un personnage que vous faîtes évoluer en fonction d'un contexte, d'une intrigue et d'interactions avec d'autres personnages, en racontant ses aventures par écrit. À tour de rôle, chaque joueur décrit les actions, les pensées et les paroles de son personnage, en prenant en compte les interventions des autres. 

À la différence du roman qui s'écrit en solitaire, le jeu de rôle est une activité sociale, collaborative et interactive. Ensemble, en interactions les uns avec les autres, les joueurs façonnent une histoire commune, en racontant les évènements du point de vue de leur(s) personnage(s).       

« De l'écriture à plusieurs mains, répondais-je à ceux qui me demandaient ce que j'écrivais : nouvelles, poésies, romans ? Comme si l'écriture se réduisait à ces trois seuls genres. »

Les variantes sont nombreuses : support (forum, facebook, e-mails...) ; importance donnée à l'écriture (nombre de lignes libre ou imposé) ; présence d'un système rappelant le jeu sur table (lancers de dés, statistiques, jeu en interprétation libre, semi-dirigée ou dirigée...) En revanche, tous les jeux de rôles ont en commun l'importance donnée au personnage. D'ailleurs, pour jouer, vous devrez d'abord passer l'étape de la fiche de présentation. Celle-ci vous permettra de présenter votre personnage : vous décrirez son apparence physique, vous évoquerez ses principaux traits de caractère et, bien sûr, vous raconterez son histoire. Il vous sera peut-être également demandé de parler de sa situation maritale, de son orientation sexuelle, de ses capacités ou pouvoirs, de ses animaux de compagnie ou de ses objets de valeurs. Là encore, les variantes sont nombreuses. Les possibilités, infinies.       


2. Ces personnages qui n'en font qu'à leur tête. 

Les personnages inventés par les joueurs sont de toutes sortes - même si certains archétypes reviennent plus souvent que d'autres. Toutefois, il existe une espèce de personnages bien particulière : ceux qui n'en font qu'à leur tête. Je ne parlerai pas ici des personnages qui évoluent en roue libre, en dehors de toute considération logique - chronologique, psychologique, environnementale - pour satisfaire les envies de leur créateur. Ces personnages qui, finalement, deviennent hors sujet et hors contrôle, et qui finissent par ne plus rien à voir avec le personnage décrit dans la fiche de présentation. Immanquablement, le personnage que vous jouerez changera par rapport à celui que vous avez présenté. Il faut du temps pour apprivoiser le caractère de son personnage : c'est en le confrontant à diverses situations qu'on apprend à le cerner.

Je souhaite évoquer les personnages qui s'offrent une existence en dehors de vos projets d'auteur. Ces personnages qui vous donnent l'impression qu'ils existent, qu'ils sont réels et qu'ils possèdent leur libre-arbitre. Certains personnages vous sont si familiers que vous n'avez plus besoin de réfléchir à la façon dont ils vont se comporter : ils ont leurs propres réactions face au monde qui les entoure. Ce n'est plus vous, joueur ou auteur, qui choisissez, mais votre personnage. Parce qu'il a acquis suffisamment d'indépendance et de maturité pour s'opposer à vos choix. Ces choix qui ne lui paraissent pas logiques. Ces choix qui entrent en conflit avec sa personnalité, son histoire ou ses valeurs.

Mise en situation : Un joueur vous propose de flirter avec son personnage, alors que le vôtre est en couple, fidèle à sa bien-aimée. La perspective d'un tel échange avec l'autre joueur vous enchante ! Votre imagination galope ! Mais vous ne pouvez ignorer le regard sombre que vous adresse votre personnage. Hors de question qu'il se plie à votre caprice ! Fidèle il est, fidèle il demeurera ! Votre plan avec l'autre joueur capote, parce que votre personnage a préservé son intégrité (ce qui fait qu'il est lui et pas un autre : il n'est pas un personnage interchangeable). 


 « Et tu crois sérieusement que je vais te suivre dans tes plans foireux, sans protester ? »
 

3. Mon personnage. Sa vie, son œuvre. 

Le rôliste inventera de nombreux personnages au cours de sa carrière - Certains seront même des professionnels du personnage jetable ; à peine inventé, déjà remisé au placard (1).  Néanmoins, parmi tous ces personnages conçus, apprivoisés, interprétés, il en est un qui se démarque des autres (2). Son évocation provoque un sentiment de béatitude, de nostalgie ou de regret, et engendre une affection toute particulière. Il s'agit de votre personnage fétiche. Votre personnage préféré. Celui que vous avez le plus apprécié - et pas forcément celui que vous avez le plus longtemps joué. Quand vous parlez de lui, c'est comme si vous évoquiez un ami, un proche, un parent. Vous avez des étoiles qui pétillent dans les yeux.  


Avatar à partir duquel a été imaginée 
Idril Calafas, mon personnage fétiche 
et héroïne de Prophétie Nordique 
Pour ma part, mon personnage fétiche est également mon premier personnage. Je ne connaissais pas le jeu de rôle avant de découvrir un forum proposant d'incarner un élève d'une école de dragonniers.

Dans la banque des avatars mis à disposition des joueurs, celui-ci m'a envoûtée. La couleur des yeux, la détermination du regard et l'absence de sourire m'ont tout de suite inspiré : une jeune guerrière, froide et fière ; princesse déchue de son royaume, privée de son peuple et de sa mère, qui ne désirait qu'une seule chose : se venger. Ainsi naquit Idril Calafas, dernière représentante des Amazones.

Ce premier forum laissait libre cours à l'imagination des joueurs concernant la géographie du monde et m'a permis d'inventer mon propre univers en m'inspirant de la mythologie scandinave. Très vite, les possibilités créées par mon imaginaire dépassèrent ce que je pouvais faire sur ce forum. J'ai alors créé mon propre jeu de rôle, à partir de l'histoire de mon Amazone, devenue l'une des sept monarques régissant le Gwendir, secoué par la trahison du Seigneur Nordique.

Administratrice, Maître du jeu, Joueuse... J'ai endossé toutes les casquettes pendant cinq années. Cinq années riches de rencontres et de partage, où je me suis éclatée à interpréter différents personnages évoluant à travers le Gwendir, mais aussi à lire les aventures de mes joueurs. L'expérience d'administratrice - quoique lourde à porter - est fascinante. Grisante. Suivre les aventures d'une palette de personnages qui s'immiscent dans votre imaginaire, dans le monde que vous avez inventé... Rien ne saurait remplacer le souvenir de ces années vécues avec de si beaux personnages... et de si belles personnes.



(1) Pour certains, le plaisir se trouve dans la création, dans l'invention, et non dans l'interprétation. 
(2) Certains joueurs ont plus d'un personnage fétiche, mais généralement, il y en a toujours au moins un qui se dégage du lot.    

6 commentaires:

  1. Bonsoir ! J'ai beaucoup aimé ta manière de présenter le jeu de rôle textuel (comme je sais que ce n'est pas un exercice évident !). Et ton passage sur les personnages qui nous échappent m'a fait particulièrement sourire. Tout cet article me rend bien nostalgique dites donc ! Good job :).

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    1. Bonjour moodytryme :)
      Je te remercie pour ton passage et ton commentaire ! C'est vrai que ce n'est pas évident de définir le jeu de rôle textuel, et je crois que tous les joueurs sont confrontés à un moment ou à un autre à cet exercice périlleux { surtout quand il s'agit d'en parler à des non-initiés qui vous regardent avec des yeux ronds - d'intérêt ou de mépris, ça dépend... o/
      Ravie de savoir, en tout cas, que ma participation t'a fait sourire !
      A bientôt,

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  2. Excellent article, profond et sincèrement touchant ! Je te félicite *-*

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  3. C'est vrai qu'un personnage de jeu de rôle, qu'il soit textuel ou sur table, peut gagner une sacrée aura. Pour tout te dire, tous mes personnages principaux de romans et de nouvelles sont passés par le JDR, que ce soit sur forum (notamment Isulka, à qui j'ai écris deux romans) ou en live avec d'autres joueurs.

    le jour où je dois recommencer avec des personnages neufs, je suis sûr qu'ils passeront par les épreuves du jeu de rôle avant de marquer les pages d'un livre.

    J'ai même rencontré ma chère et tendre, sur un forum de JDR, parce que nos personnages respectifs s'étaient épris l'un de l'autre.

    As-tu déjà joué sur table ?

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    1. Merci pour ton retour Dorian :)
      Je vois qu'on est plusieurs à utiliser le JdR pour nos personnages. C'est un exercice très utile pour leur caractérisation, puisqu'ils affrontent différentes situations. Cela permet de vraiment cerner leur personnalité, leur caractère, leurs émotions, etc.
      Je ne sais pas si mes prochains personnages passeront par le jeu de rôle, mais je sais que ceux de Prophétie Nordique qui n'y sont pas passé, ce sont les plus difficiles à manier !

      C'est une belle anecdote pour votre rencontre ! :) En tout cas, je suis d'accord pour dire qu'on y fait de belles rencontres !

      Par contre, non, je n'ai jamais eu la chance de jouer sur table.
      Peut-être un jour, j'espère !

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