Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. - Antoine Albalat

vendredi 26 juin 2015

Prophétie Nordique - Prologue (texte intégral)


Freya et les pommes d'éternelle jeunesse, destinées aux dieux
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Prologue

Au commencement des temps, lorsque le monde était encore jeune, vierge de toute vie, les Dieux Immortels décidèrent de le façonner selon leur volonté. Lassés de contempler l’immensité abyssale depuis leur haute forteresse céleste sans faire valoir leur intelligence créatrice, ils entreprirent de travailler à la confection du monde. Une fois leur tâche accomplie, les trois Souverains régnant sur le royaume astral conclurent un accord et convinrent de se partager les territoires d’en bas.

L’aîné, Hoenir, choisit d’occuper les fécondes terres du centre. Le cadet, Lodurr, préféra les chaudes landes méridionales. Quant au dernier né, Odinn, il se contenta des austères contrées septentrionales. Avec le soutien de leurs panthéons respectifs, les trois Souverains s’engagèrent à construire l’humanité pour peupler ce monde qu’ils avaient longtemps délaissé. Ils se séparèrent finalement pour œuvrer chacun de leur côté. 

Depuis le royaume d’Asgard d’où il pouvait observer l’étendue de son legs, Odinn baptisa le continent nordique qu’il s’était vu attribuer Gwendir. Il prit ensuite la décision de créer une multitude de peuplades pour fouler les terres de son héritage. Il convoqua alors les dieux de son cortège et leur soumit son idée d’une pluralité d’espèces. Sept d’entre eux approuvèrent et Odinn confia à chacun la lourde tâche de confectionner un peuple. Pendant trois jours et trois nuits, les Sept s’isolèrent du reste de la Cour Céleste pour réfléchir à la requête du Dieu Souverain. Au matin du quatrième jour, tous se mirent au travail. Et au crépuscule du septième jour, chacun fut en mesure de paraître devant Odinn pour lui proposer l’œuvre à laquelle il s’était consacré durant tout ce temps.

Freya, déesse des sacrements et protectrice des guerriers, se présenta la première devant son géniteur et monarque. D’apparence jeune et de stature imposante, la déesse était parée de son armure rouge comme le sang et dorée comme le soleil. La fille préférée d’Odinn observa tour à tour les autres dieux avant de braquer vers son père ses prunelles magnétiques. Ces dernières possédaient les nuances des cieux qu’elle sillonnait sur sa monture de nuées lorsqu’elle s’invitait sur un champ de bataille. Son regard conquérant s’irisait du gris hivernal au bleu profond de la nuit, en passant par le bleu azuré d’un ciel d’été.

La guerrière céleste posa un genou sur le sol marbré de la demeure sacrée et s’inclina devant le trône sur lequel était assis le Fondateur Divin. Elle s’exprima en ces termes solennels :

« Odinn, mon Père et Souverain. Moi, Freya, ta fille la plus dévouée, j’honore ta requête et te propose le peuple des Amazones pour fouler les contrées que tu as façonnées avec tes Frères, et que tu offres généreusement à l’Humanité. Regarde mes filles vaillantes ! Femmes guerrières maîtrisant les épées, les armes d’hast et de jet, domptant les plus farouches équidés et honorant toujours leurs serments. Comme moi, elles seront loyales et courageuses. Jamais elles ne s’opposeront aux lois du Ciel, ni ne nous renieront. Odinn, accepte mon peuple et ma reconnaissance éternelle. »  

Le Tout Puissant hocha la tête pour accepter le peuple de Freya, puis lui fit signe de s’écarter pour laisser passer les autres dieux. Snotra, déesse de la connaissance, se présenta la seconde devant le Père Souverain et lui proposa le peuple érudit et discret des Ombres. À sa suite, Baldr, dieu de la lumière et de la beauté, proposa le peuple des Alfes ; Mani, dieu de la nuit et de la lune, le peuple des Druides ; Jörd, déesse de la terre et de la végétation, le peuple des Nymphes. Enfin, Thor, le dieu du tonnerre et de la force, présenta le peuple des Orthodoxes, dont la descendance naîtrait de la foudre et des rochers. Odinn acquiesça à chacune des propositions de ses enfants, satisfait du travail qu’ils avaient accompli. 

Lorsque ce fut au tour du rusé Loki, dieu du feu et des morts, la cérémonie fut interrompue par l’apparition des Nornes, déesses du Destin et des Prophéties. Les trois femmes, dissimulées par de larges suaires sombres, pointèrent leurs index en direction des dieux rassemblés, avant de prononcer de leurs voix caverneuses, sorties d’outre-tombe :

 « Vos Progénitures, Reflets de vos Âmes,
Finiront toujours par en venir aux Lames.
Pour faire taire le Traitre Parjure,
Nécessaire sera la Poigne Dure. »

Et elles se volatilisèrent, laissant les dieux soucieux et pantois. Le Septième Dieu s’approcha alors d’Odinn pour lui imposer le peuple des Hommes. Ses descendants seraient à son image, capables de se fondre dans la masse et de manier le mensonge et la tromperie mieux que n’importe quel autre peuple. Comme leur géniteur, ils n’auraient aucun scrupule à assurer leur propre bien-être au détriment de celui d’autrui. Odinn hocha lentement la tête de gauche à droite, la figure grave mais résignée. Le ricanement de Loki résonna dans tout le Palais d’Asgard avant qu’il ne quitte l’assemblée dans une gerbe d’étincelles. Ainsi était joué le destin du Gwendir.

* * * *

La méfiance s’installa progressivement au sein du panthéon nordique. Sous le regard impuissant du Souverain Divin, chacun se détourna de ses frères pour assurer la prospérité de sa descendance. Odinn ne put empêcher la division de sa compagnie et il s’écarta des affaires du Monde, trop accablé par les querelles de ses enfants.

Ces derniers, pendant des années, veillèrent sur leurs progénitures respectives depuis Asgard. Freya fut la première à descendre sur le Gwendir pour offrir aux Amazones un cadeau inestimable, qui assurerait leur protection au fils des âges : Glyrin, le Glaive protecteur, dont la lame était gravée d’antiques runes bleutées. Forgée dans un métal inconnu des mortels, l’arme possédait des vertus magiques exceptionnelles que la déesse refusait de décrire, préférant laisser ses filles découvrir par elles-mêmes les pouvoirs de son don. Jaloux de ce cadeau céleste, les autres dieux ne tardèrent pas à imiter leur sœur. Chacun offrit à son tour un présent à son peuple, signe de leur attachement et de leur bienveillance envers ceux qu’ils avaient conçus, mais aussi de leur défiance à l’égard de leurs pairs.
C’est ainsi que leur jalousie se transmit à leurs enfants et que la volonté de posséder les autres joyaux divins envenima l’esprit des grands rois. Le Gwendir fut secoué par d’innombrables guerres, violentes, sanglantes et désastreuses. Lorsque le continent semblait profiter d’une accalmie, c’était sans compter sur la duplicité et les mensonges de Loki, qui se divertissait des conflits et du chaos dont il était à l’origine. Le Septième Dieu s’amusait à attiser les flammes de la rancœur par l’intermédiaire de ses prêtres, leur contant mille chimères pour nourrir leur haine des autres dieux et, à travers eux, des autres peuples.

Les guerres pour s’emparer des trésors célestes ne furent pas les seules conséquences de la venue des dieux sur le continent. Les rois et reines du Gwendir cherchèrent à percer le mystère de ces artéfacts afin d’égaler – si ce n’était dépasser – la puissance de leurs créateurs. Nombreux furent les mages et les érudits qui s’employèrent à étudier les propriétés des reliques divines, afin d’en améliorer les pouvoirs… En vain.

Après de nombreuses et infructueuses années de recherches, les Orthodoxes furent finalement les premiers à y parvenir. De Thor, ils avaient reçu Lómil-Gamir, l’Orbe d’invocation. Leur roi, Aldur, parvint à en percer le secret et à modifier ses pouvoirs. Il put ainsi invoquer par millier des guerriers faits de chair et de sang, sans conscience, ni états d’âme. Réduites en esclavage, ces machines de guerre furent utilisées par Aldur pour asservir les contrées limitrophes et ainsi étendre sa domination jusqu’aux limites de l’imaginable.

Le dieu du tonnerre, furieux que ses descendants aient transgressé ses commandements et cherché à le surpasser, descendit sur le Gwendir pour châtier Aldur. Mais aveuglé par sa colère, il se méprit et punit le frère jumeau du souverain. Horrifié par le sort qui l’attendait lorsque Thor réaliserait son erreur, Aldur quitta son royaume. Prétextant une quelconque affaire d’importance à régler avec son homologue, il s’exila chez les Druides et usa de son Orbe pour assassiner le roi. Il s’empara alors de Tandil, l’Amulette de métamorphose que Mani avait confectionnée pour ses enfants, abandonna Lómil-Gamir et se métamorphosa en faucon. Quittant son apparence humaine, il se déroba ainsi au regard de son dieu…

Les Druides, abusés par les Orthodoxes, leur déclarèrent la guerre. Ils payèrent grassement les Amazones pour qu’elles combattent pour eux, tandis que les Fils de Thor firent valoir d’anciens traités pour requérir l’aide des Ombres. Rapidement, ce fut l’entièreté du territoire qui s’embrasa dans un conflit d’une ampleur jusque-là inégalée.

Bien des années après le début de cette Grande Guerre, Thor, au fait de sa méprise, descendit une nouvelle fois sur le Gwendir. Il conjura les autres dieux de venir avec lui pour retrouver Aldur afin de restituer l’Amulette aux Druides et permettre au continent de retrouver son calme. Freya écouta le chant des vents, Jörd interrogea les arbres, Mani questionna les animaux, Baldr étudia les astres… De leur collaboration, ils obtinrent d’étonnants résultats. Ils localisèrent Aldur qui avait conservé sa forme de rapace et le piégèrent grâce à une ruse de Loki.  Thor put finalement exécuter son châtiment sur celui qui avait osé le défier. L’Amulette fut rendue aux Druides et la tranquillité revint sur le continent.

Les dieux se mirent d’accord sur un point : les artefacts qu’ils avaient conçus étaient bien trop puissants pour de simples mortels. Ils s’entendirent alors pour briser l’héritage qu’ils leur avaient légué et annihilèrent les pouvoirs de chaque objet. Loki rejeta d’abord cette destinée et refusa d’altérer les pouvoirs de son don aux Hommes, Söndra, la Pierre de vision. Puis, il se ravisa presque aussitôt. Freya soupçonna un mauvais tour de sa part et, sans en avertir les autres dieux, elle décida d’endormir simplement les pouvoirs de Glyrin. Au terme de leur discussion, les dieux se promirent de ne plus intervenir dans les affaires des mortels.

* * * *

La collaboration des sept dieux inspira les peuples, qui décidèrent eux aussi de mettre un terme à ces luttes intestines qui causaient ravages, souffrances et désolations. Ils établirent un Conseil dont la mission était de rassembler les sept représentants de chaque royaume. À l’issue de plusieurs réunions régulièrement organisées, ils devaient élire celui d’entre eux qu’ils considéraient comme le souverain le plus respectable et le plus digne de confiance afin qu’il devienne le Seigneur Nordique. Le porte-parole de tous les autres. En acceptant ce rôle, le souverain élu devenait le garant de la bonne entente entre les peuples et donc du maintien de la paix sur l’ensemble du continent. Durant plusieurs siècles, les relations entre les populations furent apaisées. Elles devinrent même amicales et de nouvelles alliances se nouèrent. L’Ordre des Sept Compagnons perdura et, tour à tour, les différents Seigneurs Nordiques se succédèrent, faisant régner l’ordre, la paix et la prospérité sur tout le territoire. Pendant près de sept cent ans, le continent nordique jouit d’une harmonie seulement troublée par quelques conflits localisés, liés à des différends territoriaux.

Mais le destin du Gwendir avait été prophétisé par les Nornes et scellé par les agissements des Dieux des siècles auparavant, de sorte que jamais la paix ne serait durable. Porté par les sournoiseries du dieu Loki, qui ne pouvait se satisfaire de voir la création d’Odinn prospérer, le mal frappa de nouveau les contrées nordiques. L’Ordre des Sept Compagnons fut brisé par le nouveau Seigneur Nordique, de la race des Hommes, et l’an 1035 du calendrier gwendirien vit l’avènement d’un nouveau règne, celui du chaos et de la terreur.

Pour la première fois depuis la création de son Monde, Odinn quitta son trône et décida qu’il était temps pour lui d’imposer sa Loi. Sa colère fut grande et les dieux en furent effrayés, excepté Loki qui se réjouissait d’avoir déclenché l’ire de celui qu’il s’était secrètement juré de tourmenter. Il était trop tard désormais pour arrêter le Dieu Souverain. Nul ne savait ce qu’il avait en tête, mais tous comprirent que le Gwendir allait connaître de grands bouleversements…  

mercredi 17 juin 2015

Et si on parlait de Prophétie Nordique, pour changer ?


C'est bien joli d'ouvrir un nouveau blog pour son projet, mais encore faudrait-il vous en toucher deux mots ? Comme je l'ai évoqué dans mon premier billet, après avoir administré pendant cinq ans un jeu de rôle par forum se déroulant dans l'univers de Prophétie Nordique, j'ai décidé de me consacrer depuis 2013 à l'écriture d'une version roman. Mais de quoi ça parle au juste ?



« Depuis le royaume d’Asgard d’où il pouvait observer l’étendue de son legs, Odinn baptisa le continent nordique Gwendir. Il prit ensuite la décision de créer une multitude de peuplades pour fouler les terres de son héritage. Il convoqua alors les dieux de son cortège et leur soumit son idée d’une pluralité d’espèces. Sept d’entre eux approuvèrent et Odinn confia à chacun la lourde tâche de confectionner un peuple. Pendant trois jours et trois nuits, les Sept s’isolèrent du reste de la Cour Céleste pour réfléchir à la requête du Dieu Souverain. Au matin du quatrième jour, tous se mirent au travail. Et au crépuscule du septième jour, chacun fut en mesure de paraître devant Odinn pour lui proposer l’œuvre à laquelle il s’était consacré durant tout ce temps. » (Extrait du Prologue)

Résumé - Lorsque le monde était encore jeune, les Dieux Immortels décidèrent de le façonner selon leur volonté. Odinn, qui avait hérité des austères contrées septentrionales, prit la décision de créer une multitude de peuples pour fouler les terres de son héritage. Il convoqua les dieux de son cortège et leur soumit son idée d’une pluralité d’espèces. Sept d’entre eux approuvèrent et chacun se vit confier la lourde tâche de confectionner un peuple. Lorsque chacun eut œuvré de son côté, ils se rassemblèrent pour présenter leurs peuples. Lorsque ce fut au tour du Septième Dieu, le rusé Loki, la cérémonie de présentation fut interrompue par l'apparition des Nornes. Les prophétesses mirent en garde les dieux contre l'avenir qu'ils étaient en train de façonner pour leur descendance : des humeurs belliqueuses de leurs Créateurs, les Peuples hériteraient. Jamais la paix, le Gwendir ne connaîtrait. Terrorisés par le destin réservé à leurs progénitures, les Dieux s'écartèrent les uns des autres. En secret, ils complotèrent pour assurer la survie de leurs peuples. Des objets magiques furent forgés pour les premiers hommes et les premières femmes. Et en agissant ainsi, les dieux scellèrent la prophétie des Nornes...

Des siècles ont passé depuis la Prophétie. L'Ordre des Sept Compagnons a unifié la terre du dieu Odinn, préservé la cohésion du continent et maintenu la sécurité de ses habitants. Mais l'aube d'une nouvelle ère est sur le point de se lever : l'Ordre a été dissout ; Six monarques ont été assassinés ; La guerre gronde. Idril, Siran et Telak ne se connaissent pas. Pourtant, bien des siècles auparavant, leurs destins ont été prophétisés par les Nornes et scellés par les agissements des Dieux. Dans cette guerre pour la liberté, l’avenir des Sept Royaumes est entre leurs mains.
Tome 1 -  Lorsque le Seigneur Nordique fait disparaître ses pairs, Idril voit son existence paisible voler en éclats. Unique héritière de la souveraine amazone, la jeune femme doit monter sur le trône, reprendre les rennes du royaume et faire payer au Seigneur Nordique sa trahison. Pour mener à bien son entreprise, elle devra obtenir le soutien des autres Peuples, mais tous ne semblent pas prêts à réclamer justice. Dans sa quête d'alliés, Idril pourra néanmoins compter sur le soutien de son ami d'enfance, devenu, lui aussi, l'un des Sept souverains du Gwendir.


Bilan : Juin 2015 - J'ai commencé à imaginer ce projet en 2007, à penser à une version roman en 2008, et à rédiger véritablement en 2013. J'ai connu des hauts et des bas pendant cette période de rédaction, des gros moments de doute et de remise en question : est-ce que mon histoire est intéressante ? est-ce que ma plume est bonne ? est-ce que je peux intéresser des gens ? j'ai réussi avec mon forum, mais est-ce que je réussirai avec mon roman ? Ces questionnements m'ont empêchée d'avancer pendant plusieurs mois, mais m'ont également poussée à prendre un nouveau départ pour mon histoire. Aujourd'hui, ce sont 9 chapitres et 1 prologue qui sont rédigés, soit environ 166.000 signes. J'entame mon dixième chapitre, enthousiaste. Aujourd'hui, c'est grâce au collectif CoCyclics que je maintiens mon rythme d'écriture. Le collectif a été un formidable tremplin quand j'en avais le plus besoin, un lieu d'échanges extraordinaire, où je peux discuter avec de nombreux auteurs. L'émulation y est forte, motivante et propice aux rencontres et aux affinités.

Le mot de la fin - Je suis attachée à mes personnages et à mon univers. Qu'importent les difficultés, je ne pourrais pas cesser de penser à eux. Ils font partie de moi, et si parfois ma thèse ou ma vie personnelle m'éloignent de ma création, elle n'est jamais très loin. Il me suffit de fermer les yeux pour être dans ce monde. Et finalement, tout ce qui compte, c'est que je sois capable de m'évader dans cet autre univers dès que le besoin s'en fait sentir. Et si vous voulez vous y projeter avec moi, prenez place...      

dimanche 7 juin 2015

Le Silence de la Cité d'Elisabeth Vonarburg


Le Silence de la Cité Vonarburg

Cinq fleurs : Je suis conquise



Titre : Le silence de la cité
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Genre : Science-fiction
Année de parution : 1983
Nombre de pages : 334 pages (pour l'édition Alire, 2007)

Quatrième de Couverture : Plus de trois siècles se sont écoulés depuis les catastrophes climatiques de la fin du second millénaire et les héritiers de la civilisation détruite, de plus en plus rares et de plus en plus désaxés, vivent dans une Cité souterraine avec leurs doubles technologiques. Dernière enfant de cette Cité, Élisa est une petite fille aux capacités physiques étonnantes ; fruit des expériences génétiques de Paul, elle annonce une humanité résolument nouvelle. Mais Élisa saura-t-elle se libérer du passé qui l’a littéralement modelée et, du même souffle, en libérer ses nombreux enfants ? Et qu’en sera-t-il des hommes – et surtout des femmes – qui, hors les Cités, ont survécu à la barbarie et aux mutations de toutes sortes ?

Informations en vrac : Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis une lectrice-escargot. Il n'est pas rare que je mette plusieurs semaines (voire mois) à lire l'intégralité d'un livre, même s'il me plaît. Et il peut s'écouler encore davantage de temps entre deux lectures d'ouvrages. Mes deux premiers billets sont donc, étrangement, peu représentatifs de mon profil de lectrice. D'autant plus que je ne lis pratiquement jamais de SF. Ces précisions étant données, il est temps que je vous parle du Silence de la Cité. Après avoir lu Chroniques du Pays des Mères, j'ai souhaité en apprendre davantage sur son auteure. Quelques recherches suffisent pour entendre parler de son premier ouvrage, à lire comme une préquelle. Bien qu'il ait été écrit avant, le Silence de la Cité a été retravaillé après la sortie des Chroniques du Pays des Mères, et les avis convergent pour dire qu'il vaut mieux lire le Silence de la Cité après s'être attelé aux Chroniques du Pays des Mères. Et je suis assez d'accord avec ce conseil.

Les thèmes abordés sont assez variés, mais souvent en filigrane de l'histoire principale (comme les désastres écologiques en toile de fond). Le thème principal, selon moi, c'est l’ambiguïté des relations créateur/créature, géniteur/progéniture ou parent/enfant, leurs évolutions à travers le temps, mais aussi l'évolution des personnages qui se définissent par rapport à ces deux positions, successivement occupées. La liberté de choisir - ou de ne pas choisir - et les conséquences de ses agissements sont aussi une composante centrale du livre.

Ce que j'en ai pensé : Le Silence de la Cité se lit très différemment des Chroniques du Pays des Mères. C'est un livre que j'ai trouvé beaucoup plus abordable que son prédécesseur, avec un style très fluide, très dynamique, qui coule tout seul. Si c'est le développement de l'univers qui m'a captivé dans le premier livre (au détriment de l'histoire de Lisbeï, que j'ai trouvée secondaire), c'est bien l'intrigue et les aventures d’Élisa qui m'ont intéressée dans le Silence de la Cité. Et ce qui m'a surtout tenue en haleine, de bout en bout, ce sont les multiples références aux Chroniques du Pays des Mères. Beaucoup d'évènements relatés dans ce premier livre m'avaient échappé, car ils étaient trop peu développés ou trop complexes pour être compris à la première lecture. Le Silence de la Cité est en complète interaction avec les Chroniques du Pays des Mères et nous fournit des réponses claires à certaines questions, ou alors des pistes de réflexion ou de compréhension. Et ça, j'ai vraiment beaucoup aimé.

Cette relation entre les deux œuvres a donné une réelle profondeur au Silence de la Cité, profondeur qui n'est sans doute pas visible pour le lecteur qui le lirait avant les Chroniques. Le parcours d’Élisa, même s'il est intéressant en soi et suffit à faire du Silence de la Cité un bon livre de Science-fiction, peut paraître dénué d'enjeux véritables. Contextualisé avec les évènements des Chroniques, le parcours de la jeune femme prend de l'ampleur, tisse une toile bien plus grande que celle aperçue dans le Silence de la Cité, et vient également clarifier de nombreuses zones d'ombres des Chroniques du Pays des Mères.        
             
 
Mon avis en quelques mots : J'ai lu ce livre en seulement quatre jours. J'ai beaucoup accroché à l'histoire et à son héroïne, mais j'ai surtout adoré les références aux Chroniques du Pays des Mères. Ce n'est donc pas un livre que je vous conseille, mais deux. En espérant que vous les aimerez autant que moi.