Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. - Antoine Albalat

mardi 22 décembre 2015

Des mots de tête - Bilan de l'année 2015... et bonnes résolutions pour 2016 !


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Attention, cet article de fin d'année ne se veut absolument pas original !

La période des fêtes de fin d'année est souvent l'occasion de jeter un regard en arrière, d'évaluer l'année écoulée et de se projeter pour l'année à venir, avec en prime tout un tas de bonnes résolutions (qu'on tiendra... ou pas !) L'heure est donc venue pour moi de faire le bilan de cette année 2015. Elle s'est montrée riche au niveau de l'écriture et des lectures, mais aussi au niveau des rencontres personnelles et des amitiés nouées autour de cette passion commune. Avec comme seul regret, identique chaque année, le sentiment d'avoir encore et toujours manqué de temps...  


          Bilan 2015 : l'écriture (en quelques chiffres)

  • J'ai écrit sept chapitres de Prophétie Nordique, cette année. En moyenne, mes chapitres font 20.000 signes espaces comprises, soit 3.250 mots environ. Chaque chapitre représente 7 à 8 pages Word. 
  • Le douzième chapitre est en cours d'écriture ! 
  • Cette année, le roman a dépassé le seuil symbolique des 200.000 signes. À l'heure actuelle, il comptabilise 237.833 signes, très précisément ! Soit 80 pages Word.   
  • À côté de ça, j'ai commencé à réfléchir à un découpage pour le premier tome. Pour l'heure, je n'écris que les aventures d'Idril et Morzan ; mais je dois songer à comment intégrer les deux autres binômes : Ardiosis et Telak ; puis Siran et Adrian. Je ne suis pas encore complètement convaincue par mes idées.   
  • Parallèlement à Prophétie Nordique, j'ai écrit une nouvelle de Science-fiction qui est en cours de finalisation. Et j'ai commencé à réfléchir à un second roman de fantasy, plus court.  
  • Tout au long de l'année, je me suis investie sur le forum Cocyclics. J'ai réalisé une grosse quinzaine de bêta-lectures (extraits de roman, nouvelles et synopsis) ; j'ai suivi les projets d'écriture de plusieurs auteurs ; j'ai parrainé un challenge qui me tenait à cœur. Et j'ai participé à plusieurs défis d'écriture - qui ont été postés au fur et à mesure sur le blog - dont notamment le défi d'écriture à quatre mains, une vraie expérience !   
  • J'ai arrêté le jeu de rôle textuel pendant quelques mois, mais je suis en réalité incapable de m'en passer. J'ai recommencé parce que j'ai complètement craqué pour un nouveau personnage, très différent de ce que je fais d'habitude. Le jeu de rôle reste un bon moyen d'exercer sa plume !
  • Sans oublier l'ouverture du blog pour parler de mes projets ! 

          Bilan 2015 : la lecture

  • J'ai lu sept romans cette année, tous écrits par des auteurs francophones. J'ai découvert de nouveaux talents, de jeunes auteurs, et c'est agréable de soutenir nos écrivains français ! J'ai participé à plusieurs opérations allant dans ce sens, notamment celle du 1er septembre organisée par L'invasion des Grenouilles.  
  • Je me suis mise à la lecture de nouvelles (une dizaine cette année) notamment en achetant plusieurs numéros de la revue Etherval, qui propose de découvrir de nouveaux auteurs francophones. C'est un format très agréable quand on dispose de si peu de temps pour la lecture... 
  • J'ai participé à mon premier salon littéraire : les Halliennales ! C'était chouette, surtout que j'ai pu rencontrer des membres du forum Cocyclics (et notamment ma filleule) Je suis repartie avec plusieurs dédicaces !
  • Cette année, je me suis lancée dans la bêta-lecture de deux romans complets. Il s'agit d'apporter un regard critique sur l'ensemble du livre, de pointer ses forces et ses faiblesses, afin que l'auteur puisse apporter des corrections. C'est un exercice qui demande beaucoup de temps mais qui est ô combien passionnant ! Je termine la première bêta-lecture en ce moment, et je m'attaque à la seconde dans la foulée.   

          Les bonnes résolutions pour 2016

  • Continuer d'avancer sur Prophétie Nordique, malgré un emploi du temps qui s'annonce encore plus compliqué que cette année. 
  • Essayer de faire publier ma nouvelle Le temps nous est conté, écrire d'autres nouvelles et essayer de répondre à des Appels à Textes. 
  • Commencer la rédaction de Sous les écailles du Dragon, mon autre projet de fantasy. 
  • Continuer de m'investir sur le forum de Cocyclics ; continuer les bêta-lectures et essayer de parrainer un autre projet. 
  • Faire descendre ma pile de livres à lire (ce n'est pas gagné...)
  • Participer à d'autres Swap.
  • Et terminer ma thèse ! 

Et vous, quel bilan pour 2015 ? Quelles résolutions pour 2016 ?
Je vous souhaite d'agréables fêtes de fin d'année et j'espère vous retrouver l'année prochaine !

    dimanche 22 novembre 2015

    Des mots de tête - Projets d'écriture 2016


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    L'automne emporte avec lui les dernières semaines de 2015. Après avoir lu un chouette article sur le blog de La Nife en l'air, j'ai eu envie de faire le point sur mes projets d'écriture, en cours ou en réflexion.

    Prophétie Nordique
    Roman de fantasy, très librement inspiré de la mythologie scandinave. Commencé en 2008, sous la forme de jeu de rôle textuel, et quelques chapitres écrits ici et là, sans véritable structure. Le projet de roman prend réellement forme en 2013, après la fermeture de mon forum. J'ai déjà évoqué le pitch du roman, ainsi que mes personnages. Je ne vous les présente plus, n'est-ce pas ? ;)

    C'est mon projet le plus ancien et celui qui me tient le plus à cœur. J'ai beaucoup avancé cette année : j'ai franchi le seuil des 200.000 signes (plus de 33.000 mots) en écrivant 12 chapitres. Le roman devrait se décliner en deux tomes - au moins. Je prends mon temps (surtout parce que j'en manque) ; je sais que je reviendrais toujours vers mes premiers amours.

    Sous les écailles du Dragon
    Roman de fantasy, très librement inspiré de légendes chinoises. L'intrigue prend place dans un univers parallèle, comparable à la Chine Ancienne, en proie à de nombreuses guerres intestines. Sous les écailles du dragon raconte l'histoire d'un amour impossible entre deux jeunes gens que tout oppose, avec pour toile de fond des batailles, de la magie et des animaux totems.     

    Ce projet a pointé le bout de son nez dans le courant de l'année. Préférant consacrer mon temps d'écriture à Prophétie Nordique, je n'ai pas encore pu le mettre en route. Mais il se pourrait que 2016 soit son année... Mes principales sources d'inspiration sont des films sino-hongkongais, notamment les films de Wuxia - genre cinématographique centré sur les combats d'arts martiaux chorégraphiés, sur les épées et la chevalerie chinoise. Dans ma liste de films à voir ou revoir, on retrouve : 

      • Hero et La cité interdite de Zhang Yimou ; 
      • Tigre et Dragon de Ang Lee ; 
      • Seven Swords, Green Snake, The Lovers et Détective Dee de Tsui Hark ; 
      • Hua Mulan de Jingle Ma ; 
      • L'hirondelle d'Or de King Hu ; 
      • Les trois royaumes de John Woo ; etc.

    Les Douze Royaumes de Fuyumi Ono est également l'une de mes principales sources d'inspiration. Et dans ma liste de livres à découvrir, je peux citer le Singe Pèlerin ; L'impératrice de la Soie ou le Disque de Jade de José Frèches.     

    Le temps nous est conté
    Nouvelle de Science-fiction, Anticipation. D'abord écrite dans le cadre de l'appel à texte organisé par l'institut Kervégan sur le thème d'un « bouleversement majeur à venir dans le monde du travail », cette nouvelle tend à évoluer vers d'autres thématiques. C'est d'abord et avant tout une première expérience - une première expérimentation même - du format de la nouvelle. Je vois cette nouvelle comme un exercice, une façon de travailler ma plume et d'essayer de nouvelles choses. En fonction des corrections qui lui seront apportées, j'aviserai de son avenir.

    Les autres projets
    Je compte bien continuer l'exercice de la nouvelle. J'ai deux ou trois idées soigneusement consignées dans un carnet. D'abord, la réécriture d'un conte de fées. Ensuite, peut-être, une tentative de réponse à l'appel à texte de la Revue Etherval : l'invention révolutionnaire. Le délai de soumission étant au 31 janvier 2016, je ne sais pas encore si cela sera possible. On verra !

    Et puis, bien sûr, je compte continuer le jeu de rôle textuel... :)

    jeudi 12 novembre 2015

    La Bêta-lecture, qu'est-ce c'est ?


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    J'ai découvert l'exercice de la bêta-lecture l'année dernière, alors que je traversais une mauvaise période au niveau de l'écriture - suite à de mauvaises critiques et une perte de confiance totale en ma capacité à raconter une histoire. C'est dans ce contexte de malaise, de remise en cause et de perfectionnisme contreproductif que j'ai échoué sur le forum de bêta-lecture CoCyclics ; un forum dédié aux littératures de l'imaginaire. Si l'objectif principal de la communauté est celui de la bêta-lecture, d'autres sections consacrées à l'écriture m'ont permis de me remettre sereinement à la rédaction de Prophétie Nordique - notamment celle des Challenges Premier Jet consistant à « terminer la rédaction du premier jet d’un roman (entamé ou non) dans l’année. » Mais c'est bien de la bêta-lecture que je vais parler dans ce billet.


              1.   Qu'est-ce que la bêta-lecture ? 

    Emprunté au vocabulaire de l'informatique, le préfixe bêta renvoie à une version test ou à une version non aboutie d'un texte. L'exercice consiste à faire lire son texte ou son roman, en vue d'obtenir un éclairage critique sur le fond et la forme. Recevoir un avis construit et argumenté sur les lacunes, mais aussi les points forts, de son texte. Sur la forme, il s'agit de repérer les tics d'écriture, les fautes de grammaire-orthographe-syntaxe, les erreurs de vocabulaire, les répétitions, etc. Sur le fond, le bêta-lecteur relèvera plutôt les incohérences logiques, temporelles ou géographiques, les incohérences scénaristiques, les problèmes de caractérisation d'un personnage, les incompréhensions ou confusions, etc.   


              2.   L'intérêt de la bêta-lecture

    La bêta-lecture est un exercice aussi complexe qu'indispensable.

    Complexe, parce qu'il n'est absolument pas évident d'encaisser les critiques à propos de son travail - il est donc important de trouver un endroit et/ou des personnes de confiance. S'il n'est pas évident d'accepter un regard extérieur et analytique sur son travail, il est également compliqué de critiquer le travail d'une tierce personne. C'est une entreprise délicate que de faire comprendre les faiblesses d'un texte, sans heurter la personne en face. La bienveillance, l'empathie, le respect et la diplomatie sont des qualités absolument essentielles pour un bêta-lecteur. L'écoute, la patience, la non-susceptibilité, l'acceptation des critiques et la volonté de s'améliorer (et non celle de se faire flatter l'ego) sont, quant à elles, nécessaires pour être bêta-lu.

    Indispensable, parce que l'auteur n'a pas le recul nécessaire sur ses récits pour savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Ce qu'il a écrit lui paraît évident ; mais ça ne l'est pas forcément pour le lecteur. Comment savoir si le message à faire passer est effectivement compris, sans le confronter à la lecture par un tiers ? Certains tics d'écriture ne peuvent pas être décelés si personne ne vous en informe.


              3.   Ce que la bêta-lecture m'a apporté

    « Tu sembles avoir des scrupules à utiliser les prénoms de tes personnages. » Jusqu'à présent, je n'avais jamais imaginé que ce tic d'écriture puisse poser problème. J'avais plus ou moins conscience de cette manie que j'avais de préférer des référents aux prénoms de mes personnages : la jeune femme, l'Amazone, la reine, etc. Lorsque ma bêta-lectrice a évoqué le mot scrupules, j'ai eu l'impression qu'elle m'ôtait le voile que j'avais devant les yeux. Elle a mis des mots sur ce dont j'avais à moitié conscience, mais elle m'a aussi et surtout expliqué pour quelles raisons cela s'avérait problématique dans l'extrait que j'avais proposé à la bêta-lecture. À chaque fois que j'écris, désormais, je repense à ce qu'elle m'a dit ce jour-là. Et je fais attention à la façon de nommer mes personnages.

    Quand j'ai repéré ce même tic d'écriture dans un texte que j'ai bêta-lu, j'ai encore mieux compris pourquoi on l'avait pointé chez moi. J'ai compris comment cette manie induisait en erreur et créait une certaine confusion. 


    L'avantage de la bêta-lecture, c'est qu'on apprend autant 
    en faisant lire ses textes qu'en lisant ceux des autres.  

    Pour aller plus loin :

              4.   La bêta-lecture du moment...

    La bêta-lecture s'applique à toutes sortes de format : le chapitre (ou extrait) de roman, la nouvelle, la pièce de théâtre, le synopsis, le pitch, etc. Et bien sûr, la bêta-lecture s'applique aussi à des romans dans leur intégralité. C'est ce que j'expérimente en ce moment, avec la bêta-lecture de deux romans de copines grenouilles (un à la fois, je ne suis pas Wonder Woman non plus ;p) 
    C'est à la fois stimulant et gratifiant - pouvoir lire en avant-première un roman, participer à son processus d'élaboration/amélioration, soutenir d'autres auteurs dans leur travail (surtout quand on s'est découvert des affinités !)... C'est beaucoup de travail, mais c'est une expérience très enrichissante !

    mardi 27 octobre 2015

    Le Roi des Fauves d'Aurélie Wellenstein


     
    Cinq fleurs : Je suis conquise


    Titre : Le Roi des Fauves
    Auteur : Aurélie Wellenstein
    Genre : Fantasy (Jeunes Adultes)
    Année de parution : 2015
    Nombre de pages : 283 pages (Éditions Scrineo)

    Quatrième de Couverture : Accusés de meurtre, Ivar, Kaya et Oswald sont injustement condamnés à un sort pire que la mort. Enfermés dans un royaume en ruines, coupés du monde, il leur reste sept jours d’humanité. Sept jours pendant lesquels le parasite qu’on leur a inoculé va grandir en eux, déformant leur corps et leur esprit pour les changer en monstres, en berserkirs, ces hommes-bêtes enragés destinés seulement à tuer ou être tués. Commence alors une course contre le temps, effrénée, angoissante, où les amis d’hier devront rester forts et soudés, pour lutter contre les autres… et surtout contre la bête qui grandit en eux. Existe-t-il une issue? Existe-t-il un salut quand son pire ennemi n’est autre que soi-même? 

    Ce que j'en ai pensé  : Le Roi des Fauves avait tout pour me séduire : une couverture somptueuse, signée Aurélien Police ; une quatrième de couverture diablement alléchante ; et une plongée dans un univers d'inspiration nordique. Forcément, en découvrant ce trio couverture-pitch-univers, je n'avais qu'une envie : lire le roman d'Aurélie Wellenstein. Quand on attend quelque chose avec une telle impatience, le risque d'être déçue par sa lecture est très fort. Mais cela n'a pas été le cas. Loin de là.

    Aurélie Wellenstein revisite la légende des berserks, ces guerriers-fauves des mythes scandinaves, capables d'entrer dans une rage sacrée mais destructrice pour accomplir de grands exploits sur les champs de bataille... Dans le Roi des Fauves, Aurélie s'approprie la légende et nous en livre une vision très personnelle. Sombre, cruelle. Angoissante, terrifiante. Chaque page tournée nous rapproche de la transformation redoutée. Chaque page tournée nous propulse dans les tourments que doivent affronter nos trois héros, des tourments qui grandissent au fur et à mesure que le temps passe. La quatrième de couverture ne ment pas : c'est une véritable course contre la montre dont nous sommes témoins. Efficace. Redoutablement efficace.              
             
    En résumé : Un livre que j'ai eu beaucoup de mal à poser entre chaque séance de lecture, tant j'avais envie de savoir ce qu'allaient devenir nos trois héros. Aurélie Wellenstein possède une plume efficace et fluide, qui sert parfaitement son histoire. Bref, à tous les amateurs de fantasy et d'univers nordiques, je recommande !

    dimanche 25 octobre 2015

    Défi écriture - La Chasse aux esprits


    Plusieurs fois par an, l'équipe d'animation du forum CoCyclics organise des défis d'écriture pour les membres qui ont un projet en cours de rédaction (et présenté sur le forum, évidemment). Je vous ai déjà présenté l'un de ces défis, lorsque j'ai rédigé une histoire à quatre mains avec Panthera : l'équipe de choc. Depuis, un autre défi a été lancé aux grenouilles du forum et vous pourrez lire ma contribution ci-dessous. La consigne est simple : respecter le thème du défi et limiter sa participation à 5.000 signes.

    Ce que j'apprécie dans ces défis d'écriture, c'est qu'ils nous permettent de sortir de nos personnages du cadre de notre roman, de leur inventer des aventures et de nous plonger dans des réalités alternatives qui repoussent les frontières de notre projet. Et puis, parfois - comme en ce moment - quand l'inspiration et/ou le temps vous manquent et que vous n'avez pas écrit une ligne depuis des semaines, cela vous permet de vous y remettre.

    « Halloween approche, et la barrière entre le monde des esprits et le nôtre se fait chaque jour plus fine (...) Qu’ils soient issus de la culture populaire, de mythes et légendes, ou de vos propres mondes, ils risquent de semer une sacrée pagaille.  » (Défi proposé par l'équipe des capes violettes de Cocyclics)
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    Morzan ne résista pas à l'envie impérieuse qu'il ressentait de fermer les yeux. Les flammes l'avaient enveloppé d'une réconfortante chaleur et le sommeil n'avait pas tardé à le gagner. Il dodelina de la tête, prêt à basculer dans le monde des rêves, lorsqu'une voix le fit sursauter. Ses paupières papillonnèrent d'étonnement, puis il se redressa contre le dossier de son fauteuil. Les flammes ondulaient avec grâce dans la cheminée au large manteau de marbre veiné.
    — Mon garçon, est-ce que tout va bien ?
    — Pardonnez-moi, mon oncle. Une simple absence.
    Morzan se tourna vers la droite et offrit un sourire affable au vieil homme, dont le visage sillonné de rides se fendit d'une expression indulgente. Edin Terinfiel l'observa avec sa bienveillance coutumière, puis reporta son regard vers l'âtre et s'abîma dans la contemplation du brasier. Une impression de déjà-vu étreignit Morzan, mais la sensation se dissipa presque aussitôt.
    — As-tu apprécié la cérémonie ?
    Morzan hocha la tête en silence, concentrant son attention sur les flammes. Toute la noblesse du royaume s'était réunie pour assister à l'officialisation de son statut de prince héritier. Son oncle avait vu les choses en grand pour ce jour particulier : la cérémonie avait été la plus belle réception qu'il fût donnée au palais depuis bien longtemps. Tout le jour durant, l'estomac du jeune homme n'avait cessé d'être noué par l'angoisse. Il désirait plus que tout être à la hauteur des espérances de son oncle. L'idée qu'il puisse le décevoir lui rongeait les entrailles. Si seulement il avait eu quelqu'un pour l'écouter et l'épauler dans cette épreuve... Sa timidité excessive l'avait toujours empêché de nouer des amitiés sincères. Edin était son unique confident.
    Par pure habitude et pour évacuer sa nervosité, Morzan fit rouler son pouce contre ses autres doigts. Le sentiment d'un manque l'oppressa soudainement. Il fronça les sourcils et scruta ses mains comme s'il avait espéré y trouver un objet, un bijou, quelque chose qu'il avait l'habitude de triturer. En vain. Un frisson parcourut son corps. Malgré l'intensité des flammes dans l'âtre, il se rendit compte que la pièce était d'une extrême froideur. La peur se cristallisa dans ses veines, glaciale.
    — Je te connais mieux que quiconque, mon garçon. Je sais que l'avenir t'effraie.
    La voix onctueuse du vieux roi réchauffa le jeune homme. Son oncle était bien la seule personne à pouvoir deviner ses tourments sans qu'il ait besoin de les formuler à haute voix. Son visage calme et serein se tourna vers lui. Morzan sentit sa peur refluer, même si le froid engourdissait toujours ses membres. Seule sa main droite semblait épargnée, comme protégée par une chaleureuse présence.
    — Les peurs qui sont aujourd'hui les tiennes ont été les miennes autrefois.
    Le vieil homme ôta la chevalière qu'il portait à son auriculaire, puis la tint du bout des doigts et l'approcha du visage de son neveu. Dans le contre-jour du foyer, l'anneau sigillaire attisa la convoitise du jeune homme. La bague en or blanc était ornée du symbole de Snotra, la Déesse de leur peuple. À présent, l'anneau semblait être le seul capable de réchauffer son âme engourdie. Un éclat de cupidité passa dans les iris mordorés de l'Ombre. Il tendit la main vers la chevalière, prêt à recevoir le présent de son oncle, quand une onde de choc déferla dans son esprit. La sensation de déjà-vécu le transcenda et il esquissa un geste de recul, étourdi par la violence de ses pensées.
    — Tout va bien, mon garçon, répéta Edin d'une voix de velours. Je t'aime comme mon propre enfant et cet anneau te revient. Personne ne t'aime comme je t'aime, l'aurais-tu oublié ? Je suis le seul à me soucier de ton bien-être.
    À ces derniers mots, une douleur atroce transperça les tempes de Morzan. Elle lui martela le crâne, comme si quelque chose fourrageait son cerveau pour y extraire des souvenirs. Edin quitta son fauteuil et s'approcha de son neveu pour lui prendre la main. Il hurla à son contact. La peau de Morzan irradiait d'une intense chaleur. Le jeune homme se redressa d'un bond. Son regard étincelait de rage.
    — Mon oncle est mort !
    Il se rua sur le spectre et plaça ses deux mains autour de son cou. Il serra de toutes ses forces, investi du pouvoir brûlant qui irradiait sa peau. L'abomination s'évapora dans un gémissement inhumain.

    Morzan s'éveilla en sursaut, appuyé contre un tronc d'arbre. Son front et son dos dégoulinaient de sueur, froide et poisseuse. Son cœur pulsait à un rythme effréné. À deux mètres devant lui, le feu de camp s'était réduit à quelques braises rougeoyantes. Il leva les yeux au ciel et aperçut la pleine lune à travers la futaie. C'était l'équinoxe, le jour où les spectres envahissaient les rêves des mortels. Morzan soupira, encore bouleversé par son cauchemar. Puis, il pressa la main qui était logée dans la sienne, déposa un baiser sur la chevelure blonde qui accaparait son épaule et reposa sa tête contre celle de son amie.

    mardi 20 octobre 2015

    Le Swap, kézako ?


    J'ai plusieurs fois évoqué à travers mon blog le terme de « Swap » ou mentionné l'échange de colis-cadeaux avec d'autres personnes. C'est un concept que j'ai récemment découvert sur le forum Cocyclics, grâce à Roanne qui a organisé déjà deux Swap cette année. Le deuxième est en cours. Et je me suis dit qu'il était temps que je vous en dise un peu plus sur ces fameux échanges auxquels je suis devenue accro. 

              1. Qu'est-ce qu'un Swap ?  

    « Swap » signifie « échange, troc » ou « échanger, troquer » en anglais (c'est aussi un produit financier, mais ce n'est pas franchement ce qui nous intéresse ici). En français, on utilise cette expression pour désigner un échange de cadeaux entre deux (ou plusieurs) personnes, selon une liste, un thème et un budget prédéfinis. 

              2. Mon premier Swap : Flower Power !

    Le premier Swap auquel j'ai participé était un échange printanier, sur le thème des fleurs et des couleurs. Les participants ont été répartis aléatoirement pour faire un effet boule de neige : la personne n°1 envoyait un colis à la personne n°2 qui elle-même envoyait un colis à la personne n°3, etc. Dans le colis, on devait obligatoirement mettre : une carte avec un petit mot ; un des livres composant la liste de souhait de la personne « swapée » ; un encas et une boisson ; une bougie et une surprise en rapport avec le thème. J'ai eu la chance de tomber sur Panthera, l'une de mes marraines grenouilles (cf. le défi d'écriture à quatre mains) pour qui j'ai pris beaucoup de plaisir à préparer un colis. En contrepartie, c'est Mariedelabas qui m'a envoyé mon colis de cadeaux ! 

       

              3. Mon deuxième Swap : Halloween !

    Mon deuxième Swap est légèrement différent du premier, puisque cette fois-ci, il a été organisé en binômes : c'est-à-dire que j'ai envoyé un colis à une personne qui devait m'en renvoyer un en retour. Et mon binôme de ce deuxième Swap n'était autre qu'une autre de mes marraines : Amzil, que j'ai rencontrée aux Halliennales ! Forcément, j'ai eu envie de la gâter un peu plus qu'une autre personne ! On s'était mise d'accord sur le contenu du colis et sur le fait de se l'envoyer en même temps, pour pouvoir le déballer le même jour ! Et on a réussi : on a toutes les deux reçu notre paquet vendredi dernier ! Et c'était trop bien !

    Je n'ai pas reçu un livre, mais deux ! Le Roi des Fauves a été dédicacé par Aurélie Wellenstein pendant les Halliennales en plus ! Ainsi qu'une cargaison de chocolat (des cœurs, des souris, une citrouille qui n'a malheureusement pas supporté le transport) ; des pâtes de fruits ; du thé au jasmin ; une jolie carte vintage avec des livres et une machine à écrire, tout ce qui peut faire rêver un écrivain ; un marque-page de la ville d'Arras et de mignonnes petites boucles d'oreille vintage. J'ai été très gâtée, et j'ai reçu les deux livres que je souhaitais le plus !



              3. Ce que j'aime dans ces échanges de cadeaux... 

    D'abord, faire plaisir à la personne qui va recevoir mon colis. J'aime presque plus l'étape de la préparation que l'étape du déballage de mon propre paquet. J'adore réfléchir à ce que je vais pouvoir mettre dans le colis, à ce qui pourrait faire plaisir à mon swapé. Et puis, c'est aussi l'occasion de ressortir mon matériel de scrapbooking pour bricoler des petites choses !
    Ensuite, cela permet de créer un lien avec une personne qu'on ne connaît pas forcément ou renforcer un lien avec une personne qu'on apprécie. Et puis, l'impatience de recevoir son colis, c'est une sensation qui nous rappelle l'excitation des cadeaux de Noël ! Une petite bulle de bonheur au cours de l'année (enfin, quand le Swap se passe bien ; je n'ai pas eu de problème au cours de mes deux expériences, mais j'imagine que cela doit arriver...) Dernier point, c'est l'occasion de recevoir des livres qu'on rêve de pouvoir lire (mais qu'on achète pas forcément de nous même ; par exemple, j'achète assez peu de livres papier - surtout les nouvelles sorties. Le Swap me permet de remplir ma bibliothèque et c'est chouette !)

    En tout cas, j'adore l'échange de colis-cadeau ! Et j'ai hâte de connaître le thème du prochain Swap !
     
     La carte Halloween et l'un des deux marque-page glissés dans le colis d'Amzil
    La carte printanière glissée dans le colis de Panthera

    jeudi 15 octobre 2015

    La pelote d'épingles de Cécile G. Cortes


    La pelote d'épingles Cécile G. Cortes

    Trois fleurs et demi : J'ai bien aimé


    Titre : La pelote d'épingles
    Auteur : Cécile G. Cortes
    Genre : Fantastique, Romance
    Année de parution : 2015
    Nombre de pages : 272 pages (Éditions du Chat Noir)

    Quatrième de Couverture : De nos jours, l’existence des marraines fées est bien connue. L’une d’entre elles, Violette, est missionnée à Paris pour réunir deux tourtereaux : un chanteur pour midinettes et une couturière sans le sou. Mais sur place, rien ne se déroule comme prévu : les prétendants ne se calculent même pas ! Pire, le jeune homme craque pour les charmes de la fée qui doit pour la première fois gérer un problème de taille, pour lequel elle est parfaitement incompétente et inexpérimentée : ses propres émotions.

    La pelote d’épingles est une romance acidulée aux accents rock qui met un bon coup de pied au joyeux petit monde des fées, princes charmants et innocentes princesses.
    

    Ce que j'en ai pensé  : J'avais déjà pu évoquer ce roman dans l'un de mes précédents billets, puisque c'est le livre (numérique) que j'ai acheté lors de l'opération Le 1er septembre, j'achète un livre de SFFF. J'ai passé un bon moment avec ce roman : c'est léger, divertissant, sans prise de tête. Une romance à lire au coin de la cheminée avec une boisson chaude. La pelote d'épingles tient ses promesses. J'ai beaucoup aimé l'héroïne, Violette. Elle est craquante à souhait ! Par contre, je suis plus mitigée sur les autres personnages. 

    Attention, spoilers - Passez au paragraphe suivant si vous ne voulez pas les lire : Même si j'ai apprécié l'authenticité d’Élisabeth, la couturière indépendante, le duo qu'elle forme avec Gabriel ne m'a pas emballé. Ce personnage masculin ne m'a pas convaincu. Et puis, leurs ébats amoureux, au bout d'un moment, ça a fini par me lasser... C'est à peu près le seul bémol que j'ai à formuler. J'ai aussi beaucoup tiqué sur la scène de défloration du début du roman : personnellement, je n'ai pas apprécié la lecture de cette scène. C'est tout à fait subjectif, puisque j'ai entendu de nombreux retours positifs à son propos. Par contre, la suite du roman est assez inattendue et je me suis laissée agréablement surprendre par le sort réservé à Violette.
             

    Mon avis en résumé : Quelques points qui m'ont chiffonnée, mais une histoire fraîche et légère, avec des moments savoureux. Et une héroïne trop craquante ! Je conseille sa lecture à tous ceux qui veulent passer un moment divertissant, sans prise de tête. Ce n'est pas forcément le genre de lecture qui me fait vibrer, mais j'ai passé un bon moment !

    mardi 13 octobre 2015

    Les Halliennales, c'était génial !


     Quelques photos prises au salon

    Ce weekend, c'était les Halliennales : salon de littérature de l'imaginaire, agrémenté de diverses animations sur le thème du fantastique. C'était également mon premier salon littéraire (eh oui!) Pas facile de savoir comment ça se passe, la première fois. Alors j'ai un peu improvisé et je n'ai pas préparé ma visite. Je me suis baladé au gré des allées, entre les stands de bijoux et accessoires fantasy ou steampunk, d'illustrations de SFFF, de jeux de rôle et de figurines, et bien sûr, des auteurs francophones venus présenter et dédicacer leurs ouvrages. En allant aux Halliennales, je n'étais sûre que de deux choses :

    La première, c'est que je passerai voir Aurélie Wellenstein, auteure du Roi des fauves (éditions Scrinéo) Un livre qui me fait de l’œil depuis un long moment, mais que je ne pouvais acheter ce jour-là pour d'obscures raisons (en fait, Le Roi des Fauves fait partie d'une liste de souhait pour un Swap - et je m'étais engagée à ne pas l'acheter jusqu'à la réception du colis qui m'est destiné) J'ai donc pris un autre roman d'Aurélie Wellenstein, Chevaux de foudre. J'ai eu le droit à ma petite dédicace personnalisée et nous avons pu discuter un peu de notre passion commune pour l'écriture. C'était vraiment chouette ! En plus, Aurélie a gagné le prix des Halliennales pour son roman Le Roi des fauves ! 


     Photos publiées sur la page Facebook de l'évènement et dans la Voix du Nord

    La seconde, c'est que j'allais rencontrer des grenouilles ! Enfin, pas des vraies grenouilles bien sûr ! Je parle des grenouilles de Cocyclics ! Légèrement intimidant quand on est une grande stressée comme moi. Et pourtant, il n'y avait aucune raison de l'être puisque je devais rencontrer ma très chère marraine-filleule (nous nous parrainons mutuellement pour nos projets d'écriture). Autant vous dire que la rencontre était au-delà de mes espérances, je n'ai pas vu l'après-midi passer ! Cette rencontre m'a fait un bien fou  :)

    Du coup, je suis rentrée chez moi remontée à bloc, le moral au beau fixe. Avec de quoi occuper mes soirées à venir... 



    Chevaux de foudre, dédicacé par Aurélie Wellenstein
    Le 4ème numéro de la revue Etherval, dédicacé par Catherine Loiseau et Rémi Przybylski
    (avec en bonus le premier épisode de La ligue des Ténèbres, offert par Catherine Loiseau) 
       

    mardi 6 octobre 2015

    Concours de nouvelles de Science-fiction



    « L’Institut Kervégan organise en partenariat avec les Utopiales un concours de nouvelles de science-fiction, ouvert à toute personne âgée de 18 ans et plus, de langue française. Le but de ce concours est de promouvoir la réflexion sur les évolutions sociétales à venir et de susciter du débat citoyen. Le concours de nouvelles a pour thème en 2016 : un bouleversement majeur à venir dans le monde du travail. L’histoire devra témoigner en particulier des conséquences induites par ce bouleversement dans la vie quotidienne. » http://www.institut-kervegan.com/actualite/sf/

    Parfois, il m'arrive de songer à d'autres projets que Prophétie Nordique. C'est néanmoins particulièrement difficile, dans la mesure où c'est le seul univers et la seule histoire que j'ai jamais construits. Comme je me suis investie corps et âme dans ce seul et unique projet, il ne reste que peu de place pour les autres. Certes, je continue de pratiquer le jeu de rôle par forum, donc j'écris d'autres histoires, j'invente d'autres personnages dans d'autres univers qui ne m'appartiennent pas. Mais ce n'est pas pareil. Le jeu de rôle me permet d'exercer ma plume, de renouveler mes idées en écrivant avec d'autres personnes, en lisant les textes d'autres joueurs, mais je ne construit pas mes récits toute seule. J'ai bien eu une idée d'un autre roman, mais il faut bien admettre que si je n'ai pas assez de temps pour Prophétie Nordique, j'en ai encore moins pour un deuxième projet. 

    Mais depuis quelques temps, toujours grâce à Cocyclics, je m'intéresse au format des nouvelles. C'est un exercice difficile selon moi, mais j'avais vraiment envie de tenter le coup. Sauf que l'inspiration ne venait pas... jusqu'à ce que je tombe sur l'appel à texte de l'Institut Kervégan. Et depuis, l'idée d'une nouvelle traitant le thème du travail fait son bonhomme de chemin. Okay, je vous le concède, je ne choisis pas la facilité. Un format de texte jamais expérimenté et un genre (science-fiction) que je ne maîtrise absolument pas ; double défi à relever. Mais j'en suis déjà à plus de 12.000 signes. 

    Pour le moment, je suis assez contente de moi (ce qui ne garantit pas que je ne déchirerais pas en mille morceaux cette nouvelle dans quelques semaines, quand j'en serais dégoûtée...) Je ne pourrais pas poster mon travail quand ce sera terminé, car si je compte participer au concours, la nouvelle ne devra jamais avoir été publiée. Mais je vous tiendrai au courant !        

    lundi 5 octobre 2015

    Festival de l'Imaginaire - Les Halliennales 2015



    La Quatrième édition des Halliennales, festival consacré à l'imaginaire,
    se déroulera le samedi 10 octobre 2015 de 10h00 à 18h00
    à Hallennes-Lez-Haubourdin (à 10km de Lille).

    Au Nord de la France, les festivals consacrés à l'imaginaire sont rares. Ou alors, il faut passer la frontière et se rendre en Belgique. Heureusement, à seulement dix kilomètres de Lille, on fait de la résistance ! Et on organise un salon consacré aux mondes de l'imaginaire (fantastique, fantasy, science-fiction, bit-lit…) : Les Halliennales. Festival consacré aux littératures de l'imaginaire, accueillant près d'une quarantaine d'invités (écrivains et illustrateurs, nordistes et nationaux), les Halliennales rempilent pour la quatrième édition. Et 2015 sera placée sous le signe du Steampunk ! Même si tous les genres seront représentés, le site de l'évènement nous promet une revisite des mythes à grands coups d’uchronie et de résurgences steampunk. Chouette !

    « Outre les dédicaces et  de nombreuses animations sous le signe de l’étrange, du fantastique et du surnaturel, cette manifestation s’accompagne d’un  prix littéraire, d’un concours de nouvelles, et de rencontres avec les scolaires de l’agglomération. » http://www.halliennales.com/ 

    De nombreux auteurs francophones seront donc présents. Mais le festival comporte aussi un grand nombre d'animations : des débats sous forme de table ronde, un spectacle musical, une exposition d'art, un marché fantastique tenu par de multiples artisans, des jeux, etc.  Ah ! Et j'oubliais le plus important : l'entrée et l'accès aux animations sont entièrement gratuits ! De quoi passer une excellente journée... ;-)

     

    mardi 22 septembre 2015

    Les carnets, mon pêché mignon


    S'il y a bien une chose pour laquelle je ne sais pas être raisonnable, ce sont les carnets (et la papeterie en général). C'est bien simple, je ne peux pas résister quand j'en vois dans les magasins. Heureusement (ou malheureusement) mon porte-monnaie sait comment me faire comprendre quand j'abuse... C'est un rabat-joie, mon porte-monnaie. 


    Voici ma dernière acquisition en date ! J'ai dû passer plus d'une demi heure dans le magasin, à hésiter entre deux modèles : celui-ci et un illustré avec un petit chat (j'adore les petits chats presque autant que les carnets). La vendeuse a dû se demander ce que je trafiquais à rester devant l'étal, les yeux dans le vague, incapable de savoir lequel prendre. J'ai finalement opté pour celui-ci car je trouvais qu'il s'adapterait mieux pour l'usage que je lui réserve : la compilation de mes idées pour Prophétie Nordique.   

    Oui, c'est vrai, je dis ça à chaque fois que j'achète un carnet. Je vais l'utiliser pour Prophétie Nordique. C'est la bonne excuse. Et au final, la moitié sont vides ou remplis à 10% d'ébauches de récits. Et, en fin de compte, celui qui m'a le plus servi, c'est mon vieux cahier de brouillon dessin. Moche, sans fioritures, et donc garanti sans crainte d'écrire des bêtises, de raturer comme une cochonne ou d'arracher des pages... Ouais, mon fidèle compagnon, c'est le ZAP Book. Mais après plus de deux ans de loyaux services, il est presque plein... Je dois songer à son remplaçant. Et ce sera sûrement le dernier acquis. Sauf si je craque sur un autre entre temps, ahem.  


    J'en ai de toutes sortes, je vous dis !
    Des petits, des grands, des à carreaux ou à pages blanches.
    Des reliés ou à spirales. Des rigolos, des floraux, des scrapbookés par mes petites mains.
    Des carnets en cuir. Des bas et haut de gamme.
    Des vides, des à moitié vides, et des bien remplis :)

    vendredi 18 septembre 2015

    Écrire : toute une histoire...


     

    Écrire un roman, ce n'est pas simple. Cela demande du temps, mais aussi une certaine disponibilité d'esprit. Il suffit que quelques soucis s'accumulent ou que quelques occupations vous éloignent trop longtemps de votre petit chef d’œuvre en construction... et c'est le drame de la page blanche. Même quand notre imagination fourmille d'idées, c'est parfois difficile de mettre des mots dessus.

    Certains préconisent d'écrire tous les jours, en se forçant s'il le faut. Même si ce n'est que quelques mots, quelques lignes... pour ne pas perdre la main et s'astreindre à un rythme. Personnellement, j'en suis incapable. Je préfère écrire plus longtemps, mais moins régulièrement (hmm, vous me direz, c'est peut-être pour cette raison que je traîne de projet de Prophétie Nordique depuis si longtemps...). Néanmoins, quand on a un planning chargé, il faut bien se bloquer certains moments si on veut pouvoir s'adonner à sa passion. Pour moi, c'est plutôt le weekend.

    Ceux qui suivent Facebook le savent déjà, mais j'ai franchi la barre des 200.000 signes ! Et j'ai terminé le onzième chapitre ! Hourra ! Je suis fière de mes avancées. Petit à petit, pas à pas, l'ensemble prend forme. Toutefois, je suis en pleine phase de cogitation pour la suite. 

    Je m'étais fixé comme principe de toujours écrire chronologiquement. Un chapitre après l'autre. Comme je ne fixe que les grandes lignes de mon histoire, il y a un certain degré d'improvisation quand j'écris. Improvisation qui peut avoir quelques conséquences pour la suite (Morzan me lance un regard noir, il n'est pas très satisfait de mes dernières improvisations *rires*) ; et donc, la cohérence, c'est important ! Et puis, si on passe un chapitre ou une scène à cause du manque de motivation, on risque de ne pas être plus motivé quand il faudra y revenir. Oui, mais d'un autre côté, doit-on se laisser miner par un chapitre qu'on arrive vraiment pas écrire, perdre du temps face à cette page qui reste blanche... alors qu'on est énormément inspiré par le chapitre suivant ? 

    Pour l'instant, j'ai décidé de rester raisonnable et de continuer l'écriture avec le chapitre 12. Mais je sens bien que je n'arrive pas à grand chose. Peut-être dérogerai-je à mes principes pour repartir d'un bon pied. Nous verrons bien !     


     Image : source inconnue

    mercredi 9 septembre 2015

    Khanaor de Francis Berthelot


    Khanaor  Berthelot

    Cinq fleurs : Je suis conquise (Coup de Coeur)


    Titre : Khanaor
    Auteur : Francis Berthelot
    Genre : Fantasy
    Année de parution : 1983
    Nombre de pages : 480 pages (Folio SF)

    Quatrième de Couverture : An 584. Khanaor est une île lointaine de l'Atlantique que l'on chercherait en vain sur une carte. Des antagonismes profonds divisent les quatre États qui la composent, et l'alliance de deux d'entre eux, la Goldèbe et l'Aquimeur, vient rompre le statu quo ancestral. Entre la fureur humaine et celle des éléments ensorcelés, une poignée d'errants cherche sa voie : Sigrid, la petite magicienne proscrite ; Kurt, le charmeur de plantes qui aime les hommes; l'Anserf, l'esprit désincarné de l'île... Tous auront une influence sur l'avenir de Khanaor, et tenteront de la sauver du chaos. 

    Roman de fantasy réussissant l'exploit d'être à la fois classique et atypique, Khanaor, paru pour la première fois en 1983, est la seule incursion de Francis Berthelot dans ce genre. L'auteur faisait alors œuvre de précurseur avec ce texte qui n'a rien perdu de sa puissance et de son originalité.

    Mon avis sur Khanaor  : En refermant ce livre, j'ai poussé un long soupir. Quel dommage que Khanaor soit l'unique ouvrage de fantasy de Francis Berthelot ! Ce roman m'a littéralement envoutée. Je ne pourrais pas mieux résumer mon ressenti au terme de ma lecture que la quatrième de couverture : Khanaor est un « roman de fantasy réussissant l'exploit d'être à la fois classique et atypique. » Classique d'abord, puisqu'il réunit les ingrédients attendus du genre : des contrées inconnues, de puissantes forces magiques, des héros livrés à eux-mêmes dans un parcours initiatique, des royaumes qui se déchirent au gré des tensions politiques... Mais Khanaor fait preuve d'une audacieuse originalité, à une époque où la littérature anglo-saxonne domine largement le genre (on est au début des années 1980... ce qui m'interpelle à chaque fois que je me le remémore car j'ai vite fait de l'oublier, tant l'histoire et l'écriture de Berthelot semblent ne pas avoir vieilli) 

    L'auteur français se démarque par l'originalité de son univers, une île perdue au beau milieu de l'Atlantique et peuplée d'une faune et flore locales très riches, mais aussi de sorciers, magiciens, prêtresses ou encore druides, qui pourtant ne sont qu'une poignée parmi les habitants ordinaires de l'archipel. Le parcours initiatique des héros est une quête intérieure et identitaire, où chacun doit prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses, pour renouer avec les puissances de Khanaor. Nous sommes loin des héros manichéens, aux intentions blanches ou noires. Tout au contraire, tous les personnages (ou presque) se parent de nuances de gris au fur et à mesure que l'histoire se déroule. Et en luttant pour se trouver eux-mêmes, ils se croiseront les uns les autres pour tisser les fils du destin de l'île. Mais ce n'est pas tout, puisque l'auteur aborde de nombreux thèmes en filigrane de son histoire, à commencer par la tolérance, l'homosexualité ou l'écologie. 

    Outre sa riche histoire et son complexe univers, Francis Berthelot a su me séduire grâce à sa magnifique plume. Poétique, envoûtante, mystérieuse. Son vocabulaire riche, parfois complexe mais jamais inaccessible, est au service d'une narration maîtrisée. Mais surtout, j'ai découvert grâce à lui un type de narration hybride, à la fois omnisciente et interne, avec des retournements de points de vue saisissants. D'abord déstabilisante, sa façon de construire les pensées d'un personnage, pour finalement les éclipser par le regard de ses autres protagonistes, m'a profondément touchée et inspirée dans mon âme d'aspirante écrivain. 

    En cela, Khanaor s'est érigé une place de choix parmi les œuvres qui façonnent mon inspiration et ma façon de concevoir mon propre projet d'écriture.          

    lundi 7 septembre 2015

    Défi écriture - Une équipe de choc (écriture en binôme)


    « Vous allez pouvoir vous joindre à un autre challenger pour rédiger une histoire à 4 mains. Vos héros (ou vilains) respectifs feront alliance, pour le meilleur ou pour le pire.  » (Défi proposé par l'équipe des capes violettes de Cocyclics) 

    Panthera et Edel-Weiss ont décidé de relever le défi lancé par les modérateurs challenge du forum d'écriture Cocyclics. Et d'écrire une histoire d'aventure à quatre mains, où les personnages de La mission des panthras et Prophétie Nordique vont devoir collaborer ! Attention, double dose d'héroïnes à fort tempérament en vue !

    • Résumé de La mission des panthras : Des écologistes affirment qu'il est encore temps d'agir pour sauver la planète. Ils ont tort. Il est déjà trop tard. Mère Nature en est consciente. C'est pourquoi elle a chargé des créatures, les panthras, de transférer tous les animaux, sorciers et êtres magiques qui le souhaitent dans un monde parallèle en tout point identique au nôtre, à ceci près que la vie animale ne s'y est jamais développée. Les humains sans magie ne sont pas invités à rejoindre ce nouvel eldorado.

      Andréa est une sorcière orpheline de 14 ans élevée par des Sans Pouvoirs. Alors qu'elle perd de plus en plus le contrôle de ses pouvoirs, elle rencontre trois sorciers qui vont l'aider à maîtriser sa magie : Alistère, Black et Rick.  

    • Résumé de Prophétie Nordique : Des siècles ont passé depuis la Prophétie. L'Ordre des Sept Compagnons a unifié la terre du dieu Odinn, préservé la cohésion du Gwendir et maintenu la sécurité de ses habitants. Mais l'aube d'une nouvelle ère est sur le point de se lever : Idril, Siran et Telak ne se connaissent pas. Pourtant, bien des siècles auparavant, leurs destins ont été prophétisés par les Nornes et scellés par les agissements des Dieux. Dans cette guerre pour la liberté, l’avenir des Sept Royaumes est entre leurs mains.

      Lorsque le Seigneur Nordique fait disparaître les Rois et Reines du Gwendir, Idril voit son existence paisible voler en éclats. Unique héritière de la reine amazone, elle doit monter sur le trône, reprendre les rennes du royaume et faire payer au Seigneur Nordique sa trahison. Pour mener à bien son entreprise, elle devra obtenir le soutien des autres peuples, mais tous ne sont pas prêts à se rallier à sa cause. Dans sa quête d'alliés, Idril pourra néanmoins compter sur le soutien de son ami d'enfance, devenu, lui aussi, l'un des Sept Souverains du Gwendir.  




    Les rayons du soleil éblouirent la souveraine amazone au sortir de sa tente, promesse d'une chaude journée de fin d'automne. Sa main placée en visière au-dessus de son front, Idril observa les alentours boisés du bivouac avec un sourire satisfait. Les fleurs s'épanouissaient en corolles colorées, les oiseaux abreuvaient la forêt de leurs chants cristallins, les eaux de l'Olduin s'écoulaient paisiblement à moins d'une demi-lieue... Après une profonde inspiration, elle effectua le tour du campement pour relever les pièges posés la veille. La tâche terminée, elle retourna vers la tente et héla son compagnon de l'extérieur.
    — Morzan, dépêche-toi !
    L'Amazone posa les deux lapins qu'elle avait ramenés et, n'obtenant pas de réponse, renchérit :
    — Il fait un temps radieux dehors ! On pourrait peut-être aller se baigner ?
    Un sourire malicieux passa sur ses lèvres mais s'effaça presque aussitôt. Un silence inquiétant faisait écho à sa proposition. Elle écarta le rabat en toile et pénétra à l'intérieur de la tente. Vide. Elle ressortit aussitôt et scruta les environs.
    — Morzan ? appela-t-elle.
    Aucune réponse. Les battements de son cœur s'affolèrent dans sa poitrine. À son flanc gauche, elle sentit les pulsations de son épée dans son fourreau, puis aperçut sa mystique lueur bleutée s'échapper par la chape. Ses doigts se refermèrent sur la poignée et s'électrisèrent à son contact. Un picotement désagréable remonta le long de son dos et les images de son rêve des jours précédents lui revinrent en mémoire. Ses paupières se fermèrent.

    « Morzan emmené par le rusé Loki. 
    Des ombres glacées sur le chemin de givre. 
    L'épée céleste offerte en rançon. » 

    Idril rouvrit les yeux. Dans son regard embué dansait la flamme de la colère. D'un geste nerveux, elle dégaina sa lame, s'agenouilla sur l'herbe chaude et plaça horizontalement l'arme devant elle. Elle posa ses deux mains sur ses cuisses, ferma à nouveau les yeux et implora sa Déesse de lui venir en aide. Les runes gravées sur l'épée réagirent à la prière intérieure de l'Amazone.


    Andréa planchait sur son devoir maison : les neuf plans d'existence qui composent notre monde. Installée sur une chaise de salon de jardin, elle profitait du beau temps, rare en Bretagne à cette saison. Les feuilles tombantes des arbres bruissaient sous la douce brise, les écureuils enfouissaient leurs glands pour l'hiver et les oiseaux gazouillaient. Des sons agréables à ses oreilles, bien plus que ceux poussés par sa voisine.
    La jeune sorcière leva la tête de son brouillon. Sur sa gauche, Alistère feuilletait un livre sans conviction. Ces soupirs empêchaient Andréa de se concentrer sur son devoir. Elle se retint de lui jeter une boulette de papier à la figure. Ne pouvait-elle pas s'ennuyer en silence ?
    Un coup de vent plus fort que les autres fit s'envoler ses feuilles. Andréa se pencha pour les ramasser. Quand elle se redressa sur sa chaise, elle remarqua que son amie était debout, dans l'expectative. La jeune fille tourna la tête en direction de ce soudain intérêt. Et bondit sur sa chaise avec un petit cri aigu de surprise.
    Une créature bien connue les contemplait. Un corps de panthère noire, d'immenses ailes blanches, une queue hérissée de plumes, pas de doute il s'agissait bien d'une panthra noire. Sauf que celle-ci possédait d'étonnants yeux bleus, couleur incongrue chez cette espèce. Et la magie qui émanait d'elle était phénoménale. Andréa en ressentait des picotements tout le long de son épiderme.
    Voyant qu'elle avait toute leur attention, la panthra s'exprima :
    « Bonjour, je suis Freya. »
    Alistère haussa un sourcil.
    — Eh ben, c'est pas tous les jours qu'on reçoit la visite d'une déesse.
    « Certes, mais je dois vous préciser que je ne suis pas votre Freya. »
    Le deuxième sourcil d'Alistère s'arqua.
    « Je viens d'un monde appelé Gwendir. Là-bas, Loki ne cesse de semer le trouble. Il a enlevé l'ami cher de ma protégée Idril pour l'échanger contre l'épée céleste qu'elle détient. Vous devez l'aider dans sa quête pour délivrer son compagnon. »
    — Pourquoi nous ? demanda Andréa, réellement étonnée.
    « Vous possédez le savoir et les compétences pour mener à bien cette quête. Et Loki ne s'attendra pas à la venue de deux sorcières d'un autre monde. »
    Oui, c'était un bon plan. Pour avoir une chance de réussir, il fallait prendre le rusé Loki par surprise. Elle était enthousiaste, prête à vivre une nouvelle aventure.
    — C'est bien beau tout ça, mais pourquoi on accepterait de risquer nos vies pour des inconnus ? s'enquit Alistère.
    Andréa lui fila un coup de coude, exaspérée. Elle devança la déesse dans ses arguments :
    — De un, tu es en manque d'action. De deux, je suis sûre que tu veux prouver à ce Loki que tu es plus rusé que lui. Et de trois, parce que c'est un acte altruiste d'aider cette Idril.
    Alistère lui lança un regard éberlué.
    — Tu me prends pour quelqu'un d'altruiste ?! s'exclama-t-elle sans nier les deux premiers arguments.
    — Oui !
    Alistère en fut mouchée.
    « Eh bien, si vous êtes prêtes, je vous emmène. »
    — Attendez, on ne peut pas partir...
    Un rugissement suivi d'un flash vert, la sensation d'être dans une montagne russe et les deux sorcières se retrouvèrent ailleurs.
    — ... comme ça.
    Ah bah si apparemment.
    Elles prirent connaissance de leur nouvel environnement. Une clairière verdoyante, une tente et devant, une belle jeune femme.
    Agenouillée en position de prière, les yeux clos, ses longs cheveux blonds encadraient la finesse de ses traits. Son attitude pieuse ne trompa pas Andréa. Elle faisait face à une guerrière, une certitude attestée par la magnifique épée qui reposait entre elles. Il devait s'agir d'Idril. Tout à ses supplications muettes, elle n'avait pas remarqué leur arrivée magistrale. Alistère se fit un devoir de la prévenir.
    — Salut !
    La guerrière posa ses yeux verts sur les deux étrangères. Elle les examina tour à tour, d'abord surprise par leur accoutrement, puis par leur jeunesse. Jouer les nourrices n'était pas vraiment l'aide providentielle qu'elle espérait obtenir grâce à ses prières... Quel soutien pouvait-elle espérer d'une brunette effrontée qui paraissait trop sûre d'elle-même ? Et d'une rouquine timorée qui semblait bien mal assortie à sa compagne ?
    — Les Dieux ont un drôle de sens de l'humour, murmura-t-elle.
    Elle se redressa, rengaina sa lame et s'avança vers les deux jeunes filles.
    — Est-ce Freya qui vous envoie ? s'assura-t-elle.
    — En effet. Mais si l'aide d'une brunette effrontée et d'une rouquine timorée ne te plaît pas, on peut s'en aller et te laisser te débrouiller toute seule avec Loki, railla la plus âgée des deux.
    Idril se crispa en comprenant que la jeune sorcière avait lu ses pensées et serra les poings sous l'effet de la frustration. La honte et la colère lui rougirent les joues. Alistère lui dédia un petit sourire narquois.
    — Alistère, soupira Andréa en levant les yeux au ciel.
    Elle reprit, cette fois à l'attention d'Idril :
    — Excuse-la, elle n'a pas vraiment apprécié que ta déesse nous emmène sans vraiment nous demander notre avis. Mais maintenant que nous sommes là, nous ferons tout ce qui est possible pour t'aider à libérer ton compagnon.
    Idril remercia Andréa d'un signe de tête reconnaissant.
    — Où Loki le retient-il prisonnier ? enchaîna Alistère sans perdre un instant de plus.
    — Je l'ignore, avoua-t-elle. Une vision m'est apparue en rêves, il y a quelques jours de cela. Un monde de froid et de glace, peuplé d'étranges créatures d'ombre et de givre... Est-ce que cela vous dit quelque chose ?
    Andréa avait tout de suite reconnu l'endroit auquel se référait la description d'Idril. C'était justement son sujet de devoir.
    — Le royaume des morts, souffla-t-elle, inquiète.
    Quelques minutes plus tôt, Idril aurait rétorqué que le royaume des morts n'existait que dans les légendes. Mais depuis que deux adolescentes venues d'un autre monde étaient apparues devant elle, sa vision des choses s'élargissait. Légende ou pas, ce royaume n'inspirait pas confiance. Cette quête s'annonçait plus périlleuse que prévue.
    — Évidemment, râla Alistère. Si je ne me trompe pas, la déesse de ce monde est la fille de Loki. Elle a dû permettre à son père d'emmener ton compagnon chez elle.
    Andréa agréa d'un signe de tête.
    — Il doit y avoir un moyen d'accéder à ce monde sans passer de vie à trépas. Un passage souterrain peut-être.
    Les deux sorcières avisèrent la guerrière pour savoir si elle avait connaissance d'un tel chemin de traverse. Celle-ci croisa les bras et se frotta le menton, pour mieux réfléchir.
    — J'ai entendu beaucoup de rumeurs et superstitions locales sur une grotte située au nord d'ici, à vingt minutes de marche. Les gens qui s'y seraient aventurés n'en seraient jamais revenus. Cela pourrait correspondre à la description d'un tel royaume.
    — C'est sûrement un passage vers les enfers, approuva Andréa.
    — Alors c'est parti, conclut Alistère. Allons libérer ton petit-ami.
    Idril sourcilla, ouvrit la bouche pour répliquer, mais s'abstint au dernier moment.


    Le trio nouvellement formé se dirigea vers la forêt. Suivre le nord, soit tout droit, n'était pas chose aisée. Aucune sente n'était tracée dans la vaste forêt, l'épaisse frondaison masquait la position du soleil. Elles durent plus d'une fois bifurquer à l'est ou l'ouest pour pouvoir franchir une rivière à gué ou contourner des murs végétaux infranchissables. Au final, ce fut leur nez qui les guida. Après vingt minutes de déambulation dans ce labyrinthe sylvestre, où elles en profitèrent pour échafauder un plan, elles sentirent un relent qui leur tira une grimace écœurée. Les miasmes d'un charnier planaient dans l'air. Révulsées, elles suivirent néanmoins la pestilence. Elle les mena à une partie clairsemée de la forêt, face à une caverne insondable d'où émanait l'odeur. Le sol était fait de pierre sombre, pas un brin d'herbe ne poussait autour de la grotte. Pas de doute, elles avaient trouvé ce qu'elles cherchaient.
    Elles s'entre-regardèrent. Dans leurs yeux brillaient la même lueur déterminée.
    Elles pénétrèrent dans la grotte. Il y faisait plus sombre qu'une nuit sans lune.
    — Un peu de lumière, ce serait sympa.
    — Je m'en charge, dit Andréa.
    Au creux de sa paume, elle fit apparaître une boule de feu. Plus que de la lumière, elle leur apporta une chaleur bienvenue. Plus les filles s'engageaient dans les profondeurs de la grotte, plus il faisait froid. Bientôt, une brume glaciale les entoura, pesant sur leur épaule comme un lourd manteau vaporeux.
    — La brume représente la frontière entre le monde des vivants et celui des morts. Dès que nous l'aurons passée, nous serons arrivées aux enfers.
    Andréa avait raison. Le brouillard s'estompa, levant le voile sur ce qui les attendait.
    Une immense salle caverneuse dont les murs, le sol et le plafond étaient faits de glace. Celle-ci émettait des craquements sous leurs semelles. Des torches, dont les manches étaient recouverts de givre, fixées aux murs par des appliques s'alignaient en deux lignes parallèles et offraient une lumière chiche sur les environs. La grotte était peuplée. Des ombres aux formes indéfinies se dirigeaient d'une démarche amorphe vers le fond de la caverne. Elles se laissaient guider par les torches qui agissaient telles des feux follets sur les égarés. Les âmes des morts.
    Les trois vivantes se gardèrent bien de les toucher. En effleurer une était comme s'immerger dans un bassin d'eau glacée.
    — Éteins ta boule de feu, ordonna Alistère, elle attire les morts. Ils vont finir par nous faire repérer.
    Andréa s'exécuta. Dès lors qu'elles n'eurent plus de feu pour attirer leur attention, les ombres glacées se détournèrent pour retourner à leurs chimères enflammées. Les trois filles se gardèrent de traîner davantage auprès des âmes défuntes et atteignirent le fond de la caverne sans perdre de temps. Bouger empêcherait la température glaciale de les engourdir. Elles débouchèrent sur une cavité souterraine, creusée dans la roche et la glace, plus sombre et plus froide que celle qu'elles venaient de traverser. Les eaux noires d'un lac s'étendaient à perte de vue, nimbées par les rayons d'une lumière artificielle simulant la clarté de la lune et des étoiles. Au-dessus de leur tête, pourtant, il n'y avait que de la rocaille et des stalactites de glace.
    — Il y a un pont là-bas, indiqua Idril en montrant du doigt ce qu'elle avait découvert.
    Les filles rasèrent les parois de la caverne en file indienne. Épée en avant, Idril ouvrait la marche. Alistère la refermait. Elles restèrent groupées les unes aux autres, sur leurs gardes, évitant au maximum de s'approcher trop près du rivage. Qui savait quelles infâmes créatures se dissimulaient dans les eaux sombres ?

    Idril s'arrêta brusquement et fit barrage avec son bras pour empêcher les deux sorcières d'avancer. D'un signe du menton, elle leur fit comprendre de regarder vers l'ouest. Un pont permettait de traverser le lac et d'atteindre un nouveau passage. Mais il y avait comme un problème... de taille.
    — Qu'est-ce qu'elle est moche, lâcha Alistère.
    — Une géante, souffla l'Amazone, incrédule. Je pensais que les dieux les avaient tous anéantis, au commencement des temps.
    Pourtant, c'était bel et bien une géante qui se dressait entre elles et leur destination. Armée d'un gourdin primitif dont l'extrémité était munie de pointes, elle déambulait devant l'entrée d'une démarche pataude, presque grotesque. Son visage bouffi ne respirait pas l'intelligence, mais il allait quand même falloir composer avec ses énormes biceps. Idril se tourna vers les deux filles, puis adressa un sourire de connivence à Alistère :
    — Si tu veux m'impressionner avec tes tours de passe-passe, la taquina-t-elle, c'est le bon moment...
    L'intéressée émit un rire silencieux avant de prendre la guerrière au mot.
    — On va la jouer fine sur ce coup.
    Elle tendit ses deux mains à ses compagnes d'aventure. Andréa se saisit de la droite sans hésiter. Idril attrapa la gauche, moins confiante.
    — Et surtout, vous ne me lâchez pas. Sinon ça va être galère pour vous retrouver.
    Alistère les rendit toutes les trois invisibles. Heureusement, les deux adolescentes ne pouvaient voir la grimace dépitée de la guerrière, encore peu habituée à ce genre de sortilèges.
    — On te suit Idril, plaisanta-t-elle.
    Cela ne laissait guère le choix à l'intéressée qui reprit la tête du groupe, sans lâcher la main d'Alistère. Elles s'avancèrent vers le pont. Plus elles se rapprochaient, plus la géante paraissait immense. Les morts passaient à côté d'elle sans se rendre compte de sa présence. Elle-même les ignorait. De ses yeux porcins, elle scrutait l'espace devant elle, prête à asséner sa masse à la moindre anomalie, au plus petit signe suspect.
    La main crispée dans celle de son amie, Andréa ne put s'empêcher de rentrer le ventre lorsqu'elles se faufilèrent entre le bord du pont et la géante. Cette dernière pivota dans leur direction, ses épais sourcils plissés par la suspicion. Les filles se figèrent, dans l'expectative. Andréa n'osa même plus respirer.
    Enfin, la géante se détourna d'elles et reprit sa position initiale.
    Expirant tout doucement, Andréa sentit les filles reprendre la marche. Elles veillèrent à ne pas faire de bruit et à ne frôler aucun mort.
    Le pont avait l'air sans fin ; le trajet, une éternité. Mais elles en virent finalement le bout. Parvenues de l'autre côté du lac, Alistère les rendit à nouveau visible.
    — Eh ben, c'était chaud, chuchota-t-elle, au cas où.
    En effet, mais Andréa avait l'intuition qu'elles avaient passé le plus facile. Le vrai défi les attendait plus loin.


    Tandis que les morts se dirigeaient vers les tunnels adjacents, les filles restèrent dans la caverne. Une cage de fer trônait en son centre, une masse noire y était recroquevillée dans un recoin, transi de froid.
    — Morzan ! s'écria Idril, le cœur comprimé par l'angoisse.
    Elle s'élança vers la cage pour libérer son compagnon, mais quelqu'un se mit en travers de sa route. Ce n'était pas Loki, ni sa fille, la déesse des morts. Il s'agissait du chien de garde. Grimaçante de colère, Idril resserra ses mains autour de la poignée de son épée. Elle était prête à en découdre pour secourir Morzan.
    — Fillan ! s'exclama Andréa, incrédule.
    Alistère râla.
    — C'est pas vrai ! Même mort, il continue à nous pourrir l'existence.
    À ces mots, Fillan la gratifia d'un sourire carnassier.
    — Vous le connaissez ? interrogea Idril, sans quitter l'intrus des yeux.
    L'homme, d'une vingtaine d'années, avait des allures de sauvage. Poilu, une tignasse emmêlée et des ongles rougeâtres, ses muscles saillants révélaient sa force. Mais ce qui avait surtout capté leur attention était la clé qu'il portait autour du cou, retenu par un simple lien de cuir. La clé qui leur permettrait de libérer Morzan. Il fallait coûte que coûte la récupérer.
    — C'est un garou qui vient de notre monde. Il est mort il y a quelques mois.
    Andréa releva alors un détail qui la chiffonnait.
    — Mais s'il est là, cela veut dire que Loki est au courant de notre venue.
    — En effet, ricana Fillan de sa voix gutturale. Si Freya croyait pouvoir déjouer les plans de Loki en vous envoyant sur ce monde, c'est raté. Dès votre arrivée, Loki a senti votre présence. Alors, avec l'aide sa fille, il a amené un adversaire à votre taille. Moi.
    Les narines de l'Amazone frémirent de mépris, puis ce fut au tour d'Alistère de s'esclaffer.
    — On t'a déjà tué une fois, on peut le refaire.
    — Et comment comptez-vous vous y prendre cette fois ? les railla Fillan. Ton horrible animal de compagnie n'est pas là pour te sauver la mise et vous ne possédez aucune arme en argent sur vous.
    Andréa grimaça. Fillan n'avait pas tort, ce dont il avait parfaitement conscience.
    — Toute cette histoire peut se régler sans qu'aucune goutte de sang ne coule. Donnez-moi l'épée et, en échange, je vous laisse repartir avec le garçon.
    — Moi, ça ne me dérange pas de faire couler ton sang, persifla Idril en brandissant son épée sous le nez de Fillan.
    Alistère effectua un pas en avant, son air effronté bien visible. Fillan gronda.
    — Reste où tu es toi. Je ne veux aucune entourloupe de ta part.
    — Une entourloupe ? se gaussa-t-elle. Du genre de celle-ci ?
    Fillan n'eut pas le temps de comprendre. À peine Alistère avait-elle tendu la main que la clé s'arracha de son lien et vola jusqu'à elle. Le hurlement de rage du loup-garou résonna lugubrement dans la caverne. La sorcière ignora ses états d'âme. Très fière de son coup, elle faisait tourner la grosse clé entre ses doigts tout en affichant un sourire des plus provocateurs. Idril, satisfaite et impressionnée, affichait une expression similaire.
    C'était bien joué, pensa Andréa. Le problème était qu'elle avait bien énervé Fillan maintenant.
    — Soit, grogna-t-il. La manière forte alors.
    Andréa avait comme un très mauvais pressentiment.
    — L'avantage d'être mort, c'est que je n'ai plus besoin de la pleine lune pour me transformer.
    Idril et Alistère en perdirent leurs sourires goguenards. La première ignorait en quoi ce Fillan se transformait, mais l'expression de la deuxième suffisait à comprendre que c'était mauvais pour elles.
    Fillan se plia en deux. Malgré la douleur de la métamorphose, il souriait. Ses muscles gagnèrent en masse, ses os s'allongèrent, son nez s'étira et devint un museau, des poils poussèrent et le recouvrirent entièrement. Quand la transformation s'acheva, un monstrueux loup bipède se tenait à la place de l'homme. Ses yeux noirs luisaient de malveillance. Il avait soif de sang.
    Alistère fourra la clé entre les mains d'Andréa.
    — Libère Morzan pendant qu'on s'occupe de Fillan.
    Idril approuva d'un signe de tête, pour encourager Andréa à filer.
    — Je compte sur toi, ajouta-t-elle.
    Puis elle se tourna vers Alistère.
    — Prête ?
    L'adolescente acquiesça et prévint :
    — Ne le laisse pas te mordre, sinon tu deviendras comme lui.
    La monstrueuse créature s'était tournée vers Andréa en se pourléchant les babines. Les deux jeunes filles s'entendirent d'un simple regard et s'élancèrent vers leur adversaire pour faire barrage. Pas question de laisser cette bête hideuse s'approcher d'Andréa et de Morzan! La guerrière fit tournoyer son épée pour distraire leur ennemi, tandis qu'Alistère se déplaçait de quelques pas pour le prendre à revers.


    Andréa se précipita sur la cage. Ses doigts engourdis par le froid eurent du mal à introduire la clé dans la serrure. Le troisième essai fut le bon. Elle ouvrit le battant à la volée.
    — Morzan, viens vite !
    Le jeune homme leva des yeux hagards sur elle. Andréa se figea, le souffle coupé. Qu'est-ce qu'il était craquant ! Un beau ténébreux doté de yeux couleur noisette qui lui donnaient un air réservé. Malgré son état de faiblesse, il l'observait avec curiosité. Elle rougit jusqu'aux oreilles.
    — Qui êtes-vous ?
    — Je... je m'appelle Andréa, je suis une... une amie d'Idril, bégaya-t-elle misérablement.
    Se rendant compte de son émoi, elle s'asséna une gifle mentale. Ce n'était pas le moment d'avoir un béguin.
    Elle se ressaisit et aida Morzan à sortir de la cage. Ses mains étaient gelées, ses jambes avaient du mal à le porter. Le soutenant d'un bras, elle invoqua une boule de feu.
    D'abord surpris par cette manifestation de magie, Morzan se rapprocha des flammes pour profiter de leur chaleur.
    — Merci.
    Andréa n'osa rien répondre, de peur que sa voix la trahisse à nouveau. À la place, elle porta son attention sur le combat.


    Le loup-garou fit claquer par plusieurs fois son énorme mâchoire, ses crocs ne sachant à laquelle des deux filles se vouer. Alistère veillait à rester à bonne distance du monstre, elle n'avait pas d'épée pour venir au front. Idril donna le premier assaut. Elle s'élança vers son adversaire, prête à le frapper avec sa lame, mais bondit sur le côté droit au dernier moment, esquivant au passage les coups de griffes hargneux de la bête. Profitant de la diversion et de l'ouverture offerte par son alliée, Alistère invoqua la foudre et une charge d'électricité frappa Fillan de plein fouet, le sonnant.
    — Coupe-lui la tête !
    Un sourire carnassier passa sur le visage d'Idril. Celle-ci s'exécuta de bonne grâce. Une grosse giclée de sang se répandit sur le sol, tandis que la tête du loup-garou volait à plusieurs mètres de son corps. Ce dernier s'effondra par terre dans un bruit sourd, inondant davantage le sol de sang. Idril essuya sa lame sur le pelage du monstre, avec un reniflement de mépris. Puis, elle s'approcha d'Alistère et lui donna un coup de poing sur l'épaule, en toute camaraderie.
    — Bien jouée, Brunette Effrontée ! On fait une fine équipe toutes les deux !
    Celle-ci confirma avec un franc sourire.
    — C'était plus facile que la dernière fois, signala-t-elle en regardant le cadavre sans tête.
    Puis, sur le ton de la plaisanterie, elle ajouta :
    — À ton avis, qu'est-ce qui se passe quand un mort meurt ?
    Aucune d'elles n'avait la réponse à cette question existentielle. Ça n'avait pas d'importance ceci dit. Andréa et Morzan approchaient.


    Idril se précipita dans les bras de son ami, autant pour profiter de son étreinte que pour l'aider à tenir debout. Elle profita de l'instant et en oublia presque les circonstances, quand un toussotement la rappela à l'ordre.
    — Pardonnez-moi d'interrompre vos charmantes retrouvailles...
    La voix aigrelette résonna dans toute la caverne, avant qu'une gerbe d'étincelles n'éclate au milieu du cercle formé par les quatre compagnons et ne se transforme en brasier incandescent, dont l'intensité les obligea à reculer en se protégeant le visage. Au milieu des flammes se dessina une silhouette chafouine et malingre.
    — Loki, pesta Idril.
    — En personne, confirma la divinité. Livrez-moi la rançon comme convenu, sinon je garde le prisonnier.
    En un claquement de doigts, dont jaillirent de nouvelles étincelles, Morzan se retrouva aux côtés du Septième Dieu.
    — Au début, vous regarder déjouer mes pièges était distrayant. Mais, voyez-vous, ce petit jeu ne m'amuse plus vraiment. Donnez-moi l'épée.
    — En même temps, vos pièges n'étaient pas bien compliqués à déjouer, pointa Alistère, sarcastique. Et...
    Elle ne put plus rien ajouter, Loki fit le signe du silence, lui clouant le bec.
    — Toi, je ne veux plus t'entendre. Tu es une gamine horripilante.
    Si la situation n'était pas aussi grave, Andréa aurait éclaté de rire devant la mine déconfite de son amie. À la place, elle intervint :
    — Au contraire, vous devriez être fier d'elle. Ses fourberies sont dignes des vôtres.
    Le dieu de la malice ne lui accorda pas l'aumône d'un regard. Il tendait son bras, main ouverte, exigeant l'épée céleste. Idril serra les dents autant que les poings. Loki s'était joué d'elles en leur faisant croire qu'elles pourraient libérer Morzan sans en payer le tribut. On ne pouvait pas lutter contre le dieu de la rouerie... À contrecœur, elle tendit l'épée à la divinité.
    — Le fourreau également. Je sais que l'épée y revient toujours.
    — Ne fais pas ça, Idril, l'implora Morzan. C'est l'héritage de ton peuple !
    — C'est bon, je sais ce que je fais ! grogna-t-elle en débouclant son baudrier. Maintenant, laisse-nous partir, Loki !
    La divinité afficha un sourire exulté et, d'un geste négligent de la main, les expédia hors du royaume des morts.
    La luminosité du jour leur blessa les yeux. Ils prirent le temps de s'acclimater avant de regarder où ils se trouvaient. Devant la grotte.
    — Sympa de sa part, commenta Alistère
    — Tiens, tu as retrouvé ta voix, la taquina Andréa.
    — Il semblerait que Loki soit d'excellente humeur.
    Les trois filles s'échangèrent un regard de connivence, puis éclatèrent de rire.
    — À votre avis, combien de temps va mettre Loki avant de comprendre qu'il s'est fait rouler sur la marchandise ? ricana Alistère dès que son hilarité s'estompa quelque peu.
    Un hurlement de rage sortit soudain du fond de la grotte. Il était si puissant que le sol en trembla. Des feuilles tombèrent, des oiseaux s'envolèrent et des lapins détalèrent, terrifiés par ce cri inhumain.
    — Ah, je crois qu'il a compris.
    — Qu'est-ce que tout cela signifie ? s'enquit Morzan.


    *

    — Même si nous parvenons à libérer Morzan, il faut envisager la possibilité que Loki ne nous laisse pas repartir avec lui sans l'épée en échange, raisonna Alistère tandis qu'elles se frayaient un chemin à travers la forêt. Alors, il va falloir berner Loki.
    — Comment peut-on flouer le dieu de la malice ?
    — J'ai une idée, révéla Alistère.
    Elle s'arrêta et fouilla le sol. La sorcière dénicha rapidement ce qu'elle cherchait : un long bâton bien solide.
    — Dégaine ton épée, Idril.
    Alistère en visualisa chaque détail puis, avec assurance, déclama :

    « Que le bâton entre mes mains
    Prenne l'apparence de l'épée sainte.
    Que cette illusion qui trompe nos yeux
    Soit aussi efficace avec les dieux. »

    Le dernier mot de la formule magique fut à peine prononcé que le bâton se métamorphosa en l'épée céleste. Une copie rigoureusement conforme à l'originale, et tout aussi tranchante.
    — Alors les filles, qu'est-ce que vous en pensez ? jubila Alistère en affichant un petit sourire supérieur.
    — Que tu vas devoir faire la même chose avec le fourreau.
    Le sourire de la sorcière glissa sur son visage.
    — Rabat-joie.

    *


    Le récit achevé, le groupe retourna à l'endroit où la véritable épée était cachée. Le tronc creux d'un arbre tombé il y a des décennies. Alistère s'en empara. Les autres ne virent rien entre ses mains jusqu'à ce qu'elle rende à nouveau visible l'épée rangée dans son fourreau. Elle la tendit à sa propriétaire légitime.
    — Alors, c'est qui le plus rusé entre moi et Loki ? se rengorgea Alistère.
    — Je sens qu'elle n'a pas fini de s'en vanter, soupira Andréa.
    Elle regretta tout d'un coup que son amie ait récupéré sa voix. Elle allait être invivable pendant des jours.
    — En même temps, c'est une sacrée prouesse, reconnut Idril tout sourire.
    — Je suis épaté, affirma Morzan sans excès de flatterie.
    Grisée par sa victoire, Alistère rajouta :
    — N'empêche, bravo Idril pour avoir accompli l'exploit de décapiter un loup-garou avec un simple bâton. Une première inter-monde !
    — Je tiens quand même à souligner que, sans la magie d'Alistère, je n'aurais pas pu faire grand chose !
    Morzan se tourna vers Andréa et lui adressa un clin d'œil complice.
    — Tu crois qu'elles vont se lancer des fleurs encore longtemps ?
    — Je n'espère pas. Sinon leurs chevilles vont tellement enfler qu'elles ne pourront plus passer les portes.
    Ils en rirent, s'attirant des regards indignés de la part des deux guerrières.
    — Dites, vous avez fini de nous charrier ?
    Le calme finit par revenir au bout de plusieurs minutes. L'ambiance bonne enfant n'avait néanmoins pas disparu, de larges sourires s'étalaient toujours sur leurs visages.
    Alistère et Andréa retrouvèrent tout leur sérieux en sentant l'air s'alourdir. Le fin duvet sur leurs bras se hérissa, en réponse à la manifestation de magie.
    — Que se passe-t-il ? s'enquit Idril.
    — Freya s'apprête à nous renvoyer dans notre monde.
    Quatre soupirs déçus retentirent à l'unisson.
    — Dommage, j'aurais aimé rester encore un peu.
    Alistère se dressa en voie de la raison.
    — Nos amis doivent s'inquiéter de notre absence. Et puis, tu as tes études à terminer. Quant à moi, j'ai toujours un compte à régler avec l'assassin de ma famille.
    — Cela nous fait un point commun, souligna Idril.
    Une lueur identique passa dans leur regard. Elles échangèrent une poignée de main, unies dans leur quête de vengeance. Morzan prit alors le relai des au revoir, allégeant l'atmosphère.
    — Je tiens à vous remercier, Mesdemoiselles. Sans vous, je serais encore en train de grelotter dans cette épouvantable prison.
    Morzan se pencha vers sa première sauveuse, Andréa, et déposa un baiser sur sa joue. L'adolescente manqua tomber en pâmoison. Puis, le jeune homme se déplaça vers Alistère, qu'il sentait moins encline aux épanchements affectifs, et la remercia d'un simple baisemain.
    — Quelle galanterie, fit Alistère sans trace de moquerie dans la voix.
    Elle détourna les yeux, gênée malgré elle.
    Idril croisa les bras et afficha une expression boudeuse.
    — Et moi, alors ?
    Morzan émit un rire mi-moqueur, mi-taquin, puis enroula un bras autour de la taille de son amie.
    — Toi, tu n'as pas voyagé entre les mondes pour secourir deux parfaits inconnus, si ?
    — T'y auras droit la prochaine fois, la taquina Alistère.
    Idril acquiesça d'un air sérieux.
    — Nous avons une dette envers vous. Si vous avez besoin d'aide, nous viendrons.
    La magie se fit prégnante, entoura les adolescentes.
    — Adieu.
    — Au revoir, rectifia Alistère. Vous avez intérêt à nous inviter pour le mariage.
    Elle s'esclaffa en voyant l'expression médusée du jeune homme. Idril, quant à elle, préféra répondre en roulant des yeux. Andréa leva les yeux au ciel.
    — Il faut toujours que tu aies le dernier mot.
    Idril et Morzan ne purent entendre la réponse d'Alistère. Un flash vert éblouissant emporta les deux sorcières, laissant les deux amis à leurs retrouvailles. Ils profitèrent de leur solitude pour s'étreindre à nouveau, heureux d'être enfin réunis.
    — Il faudra quand même que tu m'expliques cette histoire de mariage...
    Les deux amis se regardèrent droit dans les yeux et éclatèrent de rire. Morzan passa un bras autour des épaules de sa compagne et celle-ci passa un bras autour de sa taille.
    — Pour nous aussi, il est temps de rentrer.
    — Dommage que Freya ne nous fasse pas voyager jusqu'au campement, regretta le jeune homme.
    Amusée, Idril l'entraîna vers le sentier principal pour entamer le chemin du retour. En route, elle leva les yeux au ciel en quête d'un signe de sa déesse et vit un point noir traverser le ciel. De l'endroit où elle se tenait, elle ne pouvait distinguer la magnifique panthra noire qui revenait de son voyage vers la Terre.